XXXVI

Comment un chevalier qui portait une épée dont le fourreau
était couvert d'orfévrerie et de pierres précieuses entra en
grand triomphe.

Quand les hommes d'armes furent passés, arriva un chevalier revêtu de drap d'or, monté sur un coursier qui était couvert du même velours, et dont la housse était violette. Ce chevalier portait en sa main une épée dont le fourreau était semé de riches pierreries. Le page cria aux seigneurs et aux dames, et dit: «Mademoiselle, voici celui qui porte l'épée de Jean de Paris; il sera bientôt ici.

--Hélas! mon ami, regardez bien, afin de me le montrer de bonne heure.

--Ainsi ferai-je,» dit le page.

Puis venaient six cents hommes montés sur des grisons bien accommodés, avec des harnais tout semés d'orfévrerie, et par-dessus les croupes des chevaux il y avait de fort belles chaînes d'argent toutes dorées, et les cavaliers qui étaient montés dessus étaient habillés de velours cramoisi comme les pages.

XXXVII

Comment Jean de Paris entra en la cité royale de Burgos.

Le page, voyant venir Jean de Paris, appela la princesse et lui dit: «Madame, je vais m'acquitter envers vous et vous montrer le plus noble chrétien qu'il y ait, et c'est Jean de Paris. Regardez celui qui porte une baguette blanche à la main et un collier d'or au cou, voyez comme il est beau et gracieux: l'or de son collier ne change point la couleur de ses cheveux.»

La princesse d'Espagne fut joyeuse. Et, en effet, Jean de Paris arrivait, richement habillé, et autour de lui six beaux pages, trois en avant, trois en arrière. Quand elle le vit, elle devint si rouge, qu'il semblait que le feu lui sortait du visage. Le roi de Navarre lui serra la main, s'en étant bien aperçu. Lorsque Jean de Paris passa, elle le salua doucement. Il la vit, et aussitôt l'aima de vraie amitié, faisant la révérence et remerciant du salut; après quoi il poursuivit son chemin.