Le pauvre homme, interdit à cette proposition, répondit humblement: «Sire, vous êtes mon maître, mon seigneur, et je dois vouloir ce que vous voulez.»

La jeune fille, pendant ce temps, était debout auprès de son vieux père, toute honteuse, car elle n'était pas accoutumée à recevoir un pareil hôte dans sa maison. Le marquis lui adressant la parole: «Griselidis, dit-il, je veux vous prendre pour mon épouse; votre père y consent, et je me flatte d'obtenir aussi votre aveu; mais auparavant, répondez-moi à une demande que je vais vous faire devant lui. Je désire une femme qui me soit soumise en tout, qui ne veuille jamais que ce que je voudrai, et qui, quels que soient mes caprices ou mes ordres, soit toujours prête à les exécuter. Si vous devenez la mienne, consentez-vous à observer ces conditions?»

Griselidis lui répondit: «Monseigneur, puisque telle est votre volonté, je ne ferai ni ne voudrai jamais que ce qu'il vous aura plu de me commander; quand bien même vous ordonneriez ma mort, je vous promets de la souffrir sans me plaindre.

--Il suffit,» dit le marquis.

En même temps il la prit par la main, et, sortant de la maison, il alla la présenter à ses barons et à son peuple: «Mes amis, voici ma femme, voici votre dame, que je vous prie d'aimer et d'honorer, si vous m'aimez moi-même.»

Après ces paroles, il la fit mener au palais, où les matrones la dépouillèrent de ses habits rustiques pour la parer de riches étoffes et de tous les ornements nuptiaux. Elle rougissait, elle était toute tremblante, et vous n'en serez pas surpris.

IV

Noces de Griselidis.

Le mariage et les noces furent célébrés le jour même. Le palais retentissait de toutes sortes d'instruments. De tous côtés on n'entendait que des cris de joie, et les sujets, ainsi que leur seigneur, paraissaient enchantés.

Jusque-là Griselidis s'était fait estimer par une conduite vertueuse; dès ce moment, douce, affable, obligeante, elle se fit aimer encore plus qu'on ne l'estimait, et, soit parmi ceux qui l'avaient connue avant son élévation, soit parmi ceux qui ne la connurent qu'après, il n'y eut personne qui n'applaudît à sa fortune.