Cette inclination lui fit bâtir un ermitage au coin d'un jardin; elle y dressait de petits autels de mousse et de ramée, et y passait en prière les belles journées de printemps, entre les lilas fleuris et les roses. Quand sa mère lui disait qu'il était temps d'avoir d'autres pensées, elle répondait: «C'est là que les plus grands saints sont allés chercher les traces du Seigneur.»

Ah! Geneviève, vous ne savez pas d'où vous est venue cette inclination, et pourquoi Dieu vous l'a donnée! Un jour viendra où vous suivrez l'exemple de cette grande pénitente [6] à laquelle l'Égypte a donné son nom; vous prierez Dieu dans le désert. Ce sera alors que vous reconnaîtrez la Providence divine, qui dispose de vous par des moyens saints, inconnus à tout autre qu'à elle. Dieu a coutume de nous donner à la naissance des qualités qui font nos fortunes diverses et l'ordre entier de notre vie. Le grand archevêque de Milan, saint Charles Borromée [7], tout petit enfant qu'il était, bénissait ses camarades en leur imposant les mains.

Note 6:[ (retour) ] Sainte Marie l'Égyptienne. Cette sainte, après s'être convertie, vécut pendant près de cinquante ans dans le désert, priant et pleurant ses fautes passées. Il y avait à Paris, dès le quatorzième siècle, une chapelle placée sous l'invocation de sainte Marie l'Égyptienne. La chapelle a disparu; mais le nom de la sainte a laissé sa trace dans le nom de la rue de la Jussienne, où la chapelle était bâtie.

Note 7:[ (retour) ] Saint Charles Borromée, archevêque de Milan, né en 1538, mort en 1584, canonisé en 1610 par Paul V.

Mais tous ceux qui remarquaient les dévotions de notre petite vierge ne pénétraient pas dans les desseins de Dieu, et ne voyaient pas ce qui ne parut que longtemps après.

II

Adolescence de Geneviève.

Ne nous arrêtons pas à décrire les perfections de la jeunesse de cette grande et chère sainte, et arrivons tout d'un coup à la dix-septième année de l'incomparable Geneviève de Brabant. Disons seulement qu'il semblait que la nature eût fait des coups d'essai dans toutes les autres beautés de son siècle, pour donner dans la sienne un ouvrage accompli de sa puissance. Geneviève n'avait garde, dans le désir d'accroître cette beauté, d'y vouloir ajouter par les artifices qui sont faits pour embellir la laideur. Elle n'avait point d'autre vermillon que celui qu'une honnête modestie mettait sur ses joues, point d'autre blanc de fard que celui de l'innocence, et point d'autre senteur que celle d'une bonne vie. Aussi n'y avait-il point sur son visage de rides à réparer par le pinceau.

III

Geneviève est demandée en mariage.