«C'est la confiance que vous avez dans les joies de notre avenir qui m'a enhardi au milieu des périls que je viens de courir. Grâce au ciel, je n'ai reçu aucune blessure, et je pourrai bientôt me consacrer tout entier au bonheur de ma femme chérie.
«Je vous en conjure donc, aimable épouse, essuyez vos larmes et arrêtez ces soupirs dont l'écho vient jusqu'à moi et me trouble. Prenez part à ma bonne fortune, réjouissez-vous de la grande victoire qui a glorifié nos drapeaux. Et, afin que vous ayez quelque sujet de le faire, je vous offre le présent dont il a plu à notre chef d'honorer mon courage et ma hardiesse.
«Je ne puis le présenter à une personne qui me soit plus chère, et, si vous le recevez avec la joie que je me promets, j'en tirerai autant de satisfaction que si l'on m'érigeait des statues, et que si toutes les bouches de la renommée étaient employées à parler au monde de mon mérite. Adieu, madame.»
C'était le chevalier Lanfroy qui était chargé de porter à Geneviève la lettre de son mari; la diligence qu'il fit fut très-grande et bientôt il arriva auprès d'elle. Quand on vint lui dire qu'il était venu un gentilhomme de la part de Sifroy, elle ne put contenir sa joie et sur-le-champ demanda de ses nouvelles. «Madame, dit le chevalier, voici des lettres qui vous en instruiront de meilleure grâce que moi.»
Elle les ouvrit et les lut plusieurs fois de suite. Néanmoins sa joie ne fut pas aussi grande que si elle eût appris le prochain retour de celui qu'elle aimait. Elle interrogea Lanfroy, qui lui apprit que son maître allait quitter Tours, avec Charles Martel, pour se mettre à la poursuite des Sarrasins et faire le siège d'Avignon. Tous ces discours ne plaisaient en aucune façon à la comtesse, qui voyait que la guerre allait retenir son mari pour longtemps.
X
Réponse de Geneviève.
Elle pleura, et, lorsque le gentilhomme de Sifroy dut repartir, elle lui remit cette réponse:
«Cher Sifroy, si la lettre que vous m'avez écrite m'a donné quelque consolation, je n'en veux d'autre témoin que celui qui me l'a remise; mais si elle m'a laissé concevoir de nouvelles craintes, il n'y a que mon amour qui vous puisse le dire. Je vous croyais sur le point de revenir au milieu de ces lieux qui étaient si joyeux naguère, et qui maintenant sont pleins de tristesse. Vous ne revenez pas, votre absence se prolonge, et peut-être mon malheur ira-t-il si loin que le temps de cette absence sera plus long que ma vie.
«Quand les nouvelles de cette grande bataille de Tours me furent apportées, je ne vous puis exprimer de combien de craintes mon coeur fut saisi: cette tempête est passée, cet orage est dissipé, et vous me jetez dans un autre désespoir.