XII
Épouvante de Geneviève.
Ces mots furent un coup de foudre pour Geneviève; néanmoins, lorsqu'elle eut repris ses sens, sa colère et son indignation s'exhalèrent librement; elle représenta à Golo la honte de son infidélité avec des reproches si amers, que, s'il avait véritablement aimé Geneviève, il aurait eu bien de la douleur en l'entendant lui exprimer son mépris.
Elle disait: «Misérable serviteur, est-ce ainsi que vous gardez la fidélité promise à votre maître? Avez-vous bien osé former le désir de la mort de mon époux? Avez-vous osé croire que je consentirais à devenir jamais votre femme, moi qui ai autant d'horreur de votre crime que d'envie de le punir? Et comment avez-vous cru que mon silence devait vous encourager? Gardez-vous désormais de me tenir de pareils discours: j'ai le moyen de vous faire repentir de votre folie.»
Que pouvait faire Golo en entendant ces paroles? Il n'était plus temps de répondre, et déjà les serviteurs de la comtesse s'étaient aperçus de son émotion. Il comprit qu'il fallait dissimuler, et il s'excusa de cette façon ambiguë: «Madame, s'il y a de ma faute en ce que vous me reprochez, j'espère vous donner telle satisfaction qu'il y ait lieu de m'accorder mon pardon et de me faire miséricorde.»
Ceux qui entendirent ces paroles crurent que l'intendant l'avait offensée dans le service de la maison et qu'il promettait de réparer son offense.
XIII
Perfidie du traître Golo.
Il y avait au service de Sifroy un pourvoyeur qui avait gagné les bonnes grâces de Geneviève à cause de sa grande vertu et de son zèle. L'intendant, s'en étant aperçu, partit de là pour imaginer une trahison nouvelle et plus infâme. Il résolut de demander encore à Geneviève de consentir à l'exécution de ses projets, et se promit, si elle refusait, de l'accuser d'aimer son vertueux pourvoyeur et de songer avec lui à empêcher le retour de son époux. Sifroy apprendrait par lui que ce serviteur avait osé prétendre en secret à l'amitié et à la main de la comtesse, et que celle-ci ne lui avait pas témoigné d'aversion.