Un jour que Geneviève était encore couchée; Golo appela le pourvoyeur et, avec des paroles qui avaient le son du tonnerre, il lui reprocha d'avoir employé la magie pour égarer l'esprit de la comtesse et l'amener à des résolutions voisines de la folie. Le pauvre Raymond eut beau protester de son innocence, prendre le ciel et la terre à témoin du respect qu'il avait pour la femme de son maître, il fallut qu'il se laissât conduire dans la prison que Golo lui avait fait préparer. Ce fut une chose bien triste que de voir le traître, après avoir fait enfermer le pourvoyeur, se rendre dans la chambre de Geneviève et lui dire que Raymond avait avoué sa part de leur crime commun. La sainte femme eut besoin de toute sa vertu en cette rencontre; encore sa patience eut-elle quelques moments d'oubli: elle se plaignit. Mais Golo avait séduit ou convaincu tous les gens de la maison; et personne ne l'écouta, personne ne fut ému de sa misère. Golo, l'ayant bien atterrée, la fit prendre et conduire en une tour voisine de celle où était renfermé Raymond. De là elle entendait ses cris.

Tant de peines pouvaient la faire mourir en l'état où elle se trouvait; mais Dieu prit un soin particulier de la mère et de l'enfant qui allait naître.

Pauvre Geneviève, de quelles angoisses ses jours et ses nuits ne furent-ils pas remplis en cette prison cruelle! Elle priait, elle pleurait, elle gémissait.

«Hélas! mon Dieu, disait-elle, est-il possible que vous permettiez les maux que je souffre, vous qui avez une parfaite connaissance de mon innocence? Que vous ai-je fait pour que vous me rendiez le triste sujet de tant de douleurs? Ah! Dieu plein de pitié, n'avez-vous pas de châtiments plus doux et moins honteux pour moi? Au moins sauvez l'enfant qui m'est promis; protégez-le lorsqu'il sera venu au monde; ne l'enveloppez pas dans ma ruine. Je consens à mourir, mais qu'il vive! Je consens à périr déshonorée, mais qu'il grandisse en gloire! Frappez-moi sans que les coups retombent sur lui. Peut-être un jour votre miséricorde fera-t-elle que justice soit rendue à la mère misérable, affligée, mais innocente.»

C'est dans ces lamentations que Geneviève exhalait sa douleur nuit et jour, sans espérer aucun soulagement.

Golo veillait sur ce trésor; il venait la visiter souvent, et alors, dans l'ombre et le silence de la tour, il lui parlait un langage coupable; il essayait de la faire consentir au crime qu'il avait conçu et dont il accusait le pourvoyeur; il usait à la fois des exhortations et des menaces. Si elle ne fléchissait pas, disait-il, nulle voie de salut ne lui était ouverte, et Sifroy ne la croirait jamais innocente. Elle n'avait donc qu'à l'écouter, lui, Golo, qui s'était fait son accusateur et son geôlier parce qu'elle refusait de devenir sa femme. Toutes ces importunités affligeaient Geneviève bien autrement que les maux de la prison.

Golo fit de nombreuses tentatives sans se laisser décourager par l'obstination des vertus de sa victime. Enfin il résolut d'employer une autre manoeuvre; il parla du retour prochain du comte, et annonça que Sifroy s'était embarqué et revenait par mer. Peu après, il dit que le vaisseau avait fait naufrage et que Sifroy était mort.

XV

Nouveaux artifices du traître Golo.

Sur cette nouvelle il supposa des lettres qu'il fit arriver jusqu'à Geneviève, afin de la convaincre de la mort de son mari. Mais la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, révéla dans un rêve à la comtesse l'artifice de Golo.