--Geneviève.

--Geneviève!»

A ces mots le comte se laissa tomber de cheval et courut l'embrasser. «C'est donc toi, c'est toi, ma chère Geneviève! toi que je pleure depuis si longtemps! Ah! d'où me vient ce bonheur d'embrasser celle que je ne mérite pas de voir? Et comment puis-je demeurer en présence de celle que j'ai tuée dans mon aveuglement? Chère épouse, Geneviève, ma douce amie, pardonne à un criminel qui confesse son crime et connaît ton innocence.»

Aussitôt que l'extase et le ravissement lui donnèrent la liberté de continuer, il reprit: «Où est mon fils, où est ce misérable enfant d'un père qui a été moins méchant que malheureux?»

La comtesse, émue de ces regrets, voulut rendre le calme à l'esprit de Sifroy, et elle usa des mignardises dont elle avait autrefois coutume de le flatter. «Mon cher époux, dit-elle, effacez de votre esprit le souvenir de mes maux, puisque nous n'avons de pouvoir sur le passé que par l'oubli. N'ajoutons pas à nos misères par des paroles impuissantes à les guérir. Vivez satisfait, puisque Geneviève vit, et votre fils également.»

XXXIV

Bénoni dans les bras de Sifroy.

Certes, Sifroy eut besoin d'une grande force pour modérer sa joie, lorsqu'il vit Bénoni qui apportait des racines à sa mère. Combien de douces et amoureuses larmes ne répandit-il pas? combien de caresses et de baisers les suivirent!

Puis, soufflant dans sa trompe, il appelle les chasseurs. Toute la forêt retentit de sa voix. Enfin la chasse arrive jusqu'à lui. On s'arrête devant cette femme, devant cet enfant qui est suspendu au cou du palatin, et devant cette biche qui joue avec les chiens de la meute. Quelle admiration lorsqu'ils reconnurent Geneviève!

Tous les parents et amis du palatin ne manquèrent pas de se rendre au festin de la fête des Rois, et ils se réjouirent en revoyant la belle et bonne comtesse qui présidait à ce repas et qui était plus belle encore qu'autrefois. La fête dura une semaine entière. Ce qui étonna tout le monde c'est que Geneviève ne pouvait plus goûter ni chair ni poisson.