XXXV
Geneviève, rétablie dans ses honneurs, pardonne
au traître Golo.
Quelques jours s'étant ainsi écoulés dans les plaisirs et les délices, le palatin commanda que l'on tirât Golo de prison. On l'amena dans la chambre où se trouvait la comtesse avec toute sa cour, qui était venue féliciter Sifroy. Là, ce traître fut saisi de toutes les frayeurs d'une mauvaise conscience. Les artifices ne lui servent plus de rien; il ne peut nier un crime qui a les hommes, les animaux et les poissons pour témoins. Sans oser même arrêter la vue sur celle qu'il avait autrefois si indignement trahie, il tomba de peur et de faiblesse. Geneviève, ne pouvant sans pitié voir un misérable, tâche de faire révoquer la sentence de mort et dit à Sifroy:
«Mon seigneur, permettez-moi, je vous prie, de vous demander la vie de Golo. En un mot, mon cher Sifroy, je veux qu'il vive et qu'il doive à ses larmes le salut qu'il a refusé aux miennes.»
XXXVI
Punition de Golo, qui est mis à mort.
Golo, voyant que Geneviève, au lieu de le condamner, intercédait pour lui, en fut tellement touché qu'il s'écria:
«Madame, c'est maintenant que je vois mieux que jamais la bonté de votre coeur et la malice du mien. Hélas! qui eût osé l'espérer? celle que tant de justes raisons devraient animer à ma perte désire mon salut! Misérable Golo, c'est à cette heure que tu es indigne de la vie, puisque tu as voulu ravir celle de cette sainte princesse. Non, ma chère maîtresse, laissez-moi mourir; il faut que la rigueur d'une honteuse mort venge la cruauté de mon crime.»
Golo prenait Geneviève par le côté le plus sensible; mais, si elle avait beaucoup de pitié, Sifroy n'avait pas moins de colère: car Dieu, voulant faire pour ce coup un exemple aux hommes, roidit si fort l'esprit du comte qu'il n'y eut aucun pardon pour le malheureux Golo.
Sa condamnation confirmée, on le ramena en prison pour attendre l'exécution de sa sentence. Il y avait dans le troupeau du palatin quatre effroyables boeufs sauvages que la forêt Noire[21] nourrissait; on les amena par son commandement, on les accoupla queue à queue, et le misérable y fut attaché par les bras et par les jambes, qui furent bientôt séparés de son corps et exposés à la voracité des corbeaux.