Comment la fille de l'empereur commença à parler.

Et quand l'empereur et ses nobles barons qui étaient assemblés furent à l'église, où le sénéchal devait épouser la fille de l'empereur qui n'avait jamais parlé, Dieu fit un beau miracle pour soutenir le sage Robert, duquel on ne tenait compte. Alors que le prêtre voulait commencer le service pour marier la jeune fille au sénéchal, celle-ci, par la grâce de Dieu, parla tout à coup et dit à son père: «Vous êtes bien simple de croire cet orgueilleux, car tout ce qu'il dit n'est que mensonge. Il y a ici un homme saint et digne; c'est pour que je rende hommage à son mérite que Dieu m'a rendu la parole; je lui en aurai reconnaissance. Aussi bien, il y a longtemps que je connais les grandes qualités qui sont en lui; et toutefois jamais on n'en a voulu croire les signes que j'ai faits.»

Quand l'empereur ouït ainsi parler sa fille, qui n'avait jamais parlé, il fut ravi et reconnut bien vite la trahison du sénéchal, qui s'enfuit tout honteux.

Le pape, qui était là, demanda à la fille de l'empereur qui était celui duquel elle parlait. Alors elle mena le pape et l'empereur son père à la fontaine; elle chercha et trouva les deux pierres sous lesquelles Robert avait caché le fer de la lance. Puis elle dit au pape: «Encore il y a autre chose; par trois fois, ici, a été armé celui qui trois fois nous a secourus et délivrés de nos ennemis; j'ai vu trois fois son cheval et ses armes; trois fois je l'ai vu s'armer et se désarmer; mais je ne saurais dire où le chevalier allait, ni d'où il venait, ni qui lui donnait un harnais et des armes. Tout ce que je dis là est la vérité pure, et c'était cela que j'indiquais par mes signes.»

Puis se retournant vers l'empereur: «C'est lui qui a bien gardé et vaillamment défendu votre honneur: il est donc juste que vous le récompensiez, et, s'il vous plaît, nous irons lui parler.»

Alors le pape, l'empereur et sa fille avec les barons allèrent vers Robert, qu'ils trouvèrent couché au lit des chiens. Tous ensemble le saluèrent. Robert ne répondit rien.

XXVIII

Comment l'ermite trouva Robert, auquel il commanda
de parler et dit que sa pénitence était accomplie.

L'empereur lui dit: «Viens: mon ami, montre-moi ta cuisse; je veux la voir.»

Robert comprit, mais il faisait semblant de n'entendre point; il prit une paille et commença à la rompre entre ses mains, comme par moquerie, en pleurant. Et il fit maintes folies pour faire rire le pape et l'empereur, et aussi maints ébattements pour les faire parler et leur faire dire quelque chose nouvelle. L'empereur insistant lui dit: «Je te commande, je te conjure, si tu as puissance de parler, de nous répondre.»