Mais Robert se leva en contrefaisant le fou, et, en faisant cela, il regarda derrière lui à cause d'un bruit qu'il entendait. C'était l'ermite auquel il s'était confessé. L'ermite lui dit: «Mon ami, entendez-moi; je sais bien que vous êtes Robert, lequel se nommait le Diable; vous êtes maintenant agréable à Dieu. C'est par vous que cette contrée a été délivrée des Sarrasins; aussi, de la part de Dieu, je vous ordonne de parler et de ne plus faire le fou; c'est ainsi le plaisir de Dieu. Il vous a pardonné et remis tous vos péchés après pénitence suffisante.»
Aussitôt Robert se mit humblement à genoux et leva les mains au ciel, en disant: «Souverain roi des cieux, puisqu'il vous a plu de me pardonner mes offenses, soyez loué, honoré et béni.»
Quand la fille de l'empereur et tous ceux qui étaient là présents entendirent le beau langage de Robert, ils furent tous émerveillés. Il leur sembla si beau, si doux et si gracieux d'esprit et de corps, que c'était chose merveilleuse. L'empereur, sur-le-champ, voulut lui donner sa fille; mais l'ermite n'y voulut pas consentir, et force fut que chacun se retirât chez soi.
XXIX
Comment Robert revint à Rome pour épouser
la fille de l'empereur.
Après que Robert eut obtenu le pardon de ses péchés et qu'il s'en fut allé hors de Rome, Dieu lui fit annoncer par trois fois par son ange qu'il eût à y rentrer, afin d'épouser la fille de l'empereur.
Robert obéit, rentra dans Rome et épousa la fille de l'empereur en grand triomphe. Il y eut honorable et belle assemblée; tous témoignaient une grande joie à la fête; nul ne pouvait se rassasier de regarder Robert; ils disaient: «Par lui nous sommes hors des mains de nos ennemis.» La fête dura quinze grands jours; après qu'elle fut passée, Robert voulut retourner en Normandie pour visiter son père et sa mère; il demanda congé à l'empereur, lequel lui donna des gens pour l'accompagner et de beaux et riches dons en or, argent et pierres précieuses.
Robert et sa femme arrivèrent à Rouen, où ils furent reçus avec une joie bien vive: car les Normands étaient en grand découragement de ce que le duc, père de Robert, était mort, et de ce qu'ils étaient ainsi restés sans seigneur. Robert conta à sa mère toutes ses aventures, et la duchesse pleurait des peines et des tourments que son enfant avait soufferts.
XXX
Comment un messager arriva devant le duc Robert et lui dit
que l'empereur lui mandait de venir le secourir contre le
sénéchal.