Il défendit à ses gens de dire qui il était, sinon qu'il avait nom Jean de Paris, et qu'il était fils d'un riche bourgeois qui avait laissé de grandes richesses après son décès.
Quand il sut que le roi d'Angleterre voulait partir de Paris, il se mit en route et tira son chemin par la Beauce [44], car il savait que le roi d'Angleterre voulait se diriger sur Bordeaux. Pour cela il prit les devants jusqu'à Etampes, en pleins blés, et là, étant averti que le roi d'Angleterre venait, il choisit les chemins écartés et chevaucha doucement avec deux cents chevaux grisons. Pour son armée, elle s'en allait par une route bien autre, afin que l'Anglais ne l'aperçût pas, et elle conduisait les chariots et les richesses de Jean de Paris. Quand le roi anglais arriva à Étampes [45], ses gens lui dirent que devant lui il y avait une compagnie de gens fort bien accoutrés, et qu'il serait bon d'y envoyer pour en avoir des nouvelles.
Note 44:[ (retour) ] Plaine fertile en blé qui s'étend du côté d'Orléans et de Chartres, entre la Seine et la Loire.
Note 45:[ (retour) ] A mi-chemin entre Orléans et Paris.
XVI
Comment le roi d'Angleterre envoya un héraut pour savoir
ce que c'était.
Quand le roi d'Angleterre entendit cela, il fit venir un héraut, lui ordonna d'aller voir cette compagnie, et lui enjoignit de s'enquérir qui était le seigneur et de le saluer de sa part. Incontinent le héraut partit et arriva près des Français. Il les vit chevaucher en belle ordonnance, et tous les chevaux pareils.
Enfin il prit courage, se mit en la garde de Dieu et vint jusqu'auprès des derniers, disant: «Dieu vous garde, messeigneurs. Le roi d'Angleterre, mon maître, qui vient après moi, m'envoie vers vous pour savoir qui est le capitaine de toute cette compagnie.
--Ami, dit l'un d'eux, c'est Jean de Paris, notre seigneur.
--Est-il ici? dit le héraut.