Cette pensée, il l'a rendue avec la science et la conscience d'un talent qui cherche dans son intime sensibilité l'inspiration créatrice, et dont le faire original éclaire de larges teintes lumineuses un dessin ferme où la plume sait trouver souvent les accents du burin.
Son œuvre, toutefois, n'eût été réservée qu'à quelques privilégiés, si M. Tatin n'avait eu la pensée de faire reproduire ses planches afin d'accroître le nombre de ceux qui seraient appelés à en jouir.
*
* *
Parler de la barbarie germanique est presque devenu un lieu commun. En 1915 déjà, un rapport officiel stigmatisait ainsi les procédés de l'ennemi: «On peut dire que jamais une guerre entre nations civilisées n'a eu le caractère sauvage et féroce de celle qui est en ce moment portée sur notre sol par un adversaire implacable... Les faits qui nous ont été révélés accusent dans la mentalité allemande, depuis 1870, une étonnante régression.»
Cette opinion fut confirmée par les trois années de guerre qui suivirent et au cours desquelles la marée allemande, dans ses mouvements de flux et de reflux, a porté de nouveau ses ravages, en certains points du front, avec une perfection destructrice qui n'avait jamais encore été atteinte.
De la mer aux Vosges, aux champs de Flandre, d'Artois, de Picardie, de Champagne, de Lorraine, les cités meurtries se succèdent, jalonnant la voie douloureuse, sacrée par tant de morts, de sang, de souffrances et de ruines, au long de laquelle se disputèrent les destinées de la France.
La justice voulait qu'hommage fût rendu aux vaillantes blessées qui portèrent si lourdement le poids de l'invasion et qui, par leur résistance, évitèrent que la souillure en fût portée plus avant. Leurs plaies béantes sont là pour affirmer qu'elles furent héroïques sous la mitraille autant qu'elles savaient être, aux jours heureux, maternelles, accueillantes et douces.
Suivant les caprices du front, parcourons les douze stations de notre pèlerinage.
Tout d'abord, voici Lens! véritable vision de cauchemar, où l'œuvre de destruction a atteint son maximum, où tout ce qui n'a pu être enlevé a été bombardé et miné, où les galeries ont été noyées et les installations rasées.
Cette ville dont les origines se perdent dans le lointain des temps gallo-romains, avait été, à l'époque médiévale, le siège d'un comté florissant et devint, à la fin du XVe siècle, place forte entre les mains de l'Espagnol.