Le 20 août 1648, elle assista à la belle victoire que Condé remporta sur l'armée de Sa Majesté Catholique, et, quelques années plus tard, la paix des Pyrénées la fit rentrer dans la communauté française.

Elle ne comptait guère plus de 3.000 habitants quand, en 1850, fut entreprise l'exploitation des mines qui devait en faire, chez nous, la métropole de la houille.

Aujourd'hui, elle est transformée en une solitude désolée digne de l'Enfer du Dante, en un inextricable chaos d'où surgissent partout, comme aux abords de la fosse no 4, d'effrayants spectres de charpentes et de poutres brisées émergeant telles les épaves du plus sinistre des naufrages!

Devant le cataclysme qui est passé là, balayant, soulevant, déchirant et écrasant tout, on serait tenté de croire la vie à jamais abolie de ces champs de ruines, si on ne voyait, par endroits, s'échapper du sein même de la terre des volutes de fumée, indice de la vie qui déjà reprend dans les caves des corons, où des mineurs se sont réinstallés, en attendant des abris moins précaires.

Lens resta en pleine zone d'action pendant presque toute la durée de la guerre. Douai, au contraire, se trouvait au delà du front en pays occupé et si la ville eut moins à souffrir du feu de l'artillerie, le barbare, cependant, ne la voulut pas rendre intacte.

Ce n'était pas la première fois, au cours de son histoire, qu'elle sentait s'appesantir sur elle les rigueurs de la guerre. En 1479, elle avait obligé le roi Louis XI, qui l'avait investie, à lever le blocus et sa joie se traduisit par une procession qui devint dans la suite la célèbre fête de Gayant.

Dotée d'un Parlement, en 1709, par Louis XIV, elle tomba, un an plus tard, aux mains de l'ennemi, après cinquante-deux jours de tranchée ouverte et ne fut reconquise par Villars qu'en 1712.

Elle vécut dès lors partagée entre les travaux de sa Cour de Justice et ceux de son Université qui subsista jusqu'en 1887. Malgré son activité militaire, elle était restée cité paisible aux rues calmes, bordées de vieux hôtels; et ainsi la trouva la guerre.

Après l'avoir tenue, quatre années durant, en arrière de ses lignes, l'ennemi dut l'abandonner brusquement.

Dans sa fuite, par bonheur trop hâtive, il n'a pu organiser ici la destruction aussi minutieusement qu'ailleurs. Bien malgré lui sans doute, les principaux monuments ont été à peu près épargnés. La place du Marché, elle, fut moins favorisée et les maisons qui formaient sa couronne sont pour la plupart réduites en poussière.