Sous la garde du beffroi, symbole des libertés municipales, le marché s'organise. Le terre-plein central s'est garni de baraques improvisées, faites de quelques piquets et de lambeaux de bâches, sous lesquelles la foule afflue, tandis que, le long du trottoir, la voiture d'un messager des environs assure le ravitaillement de ces boutiques de fortune.
Pas plus que la vieille ville parlementaire des Flandres, la cité archiépiscopale du doux Fénelon n'a été épargnée.
A Cambrai, le saccage fut plus grand qu'à Douai et ne s'accomplit, là aussi, qu'au dernier instant; toutefois le souvenir de ses grandeurs passées lui est un gage de résurrection prochaine. Submergée par le flot des premières invasions, elle n'en fut atteinte ni dans son activité ni dans sa richesse. Plus tard, au lendemain de la lutte séculaire, à l'issue de laquelle lui furent octroyées ses chartes communales, un de ses artisans découvrait, dit-on, le fin tissu dont la fabrication assura la renommée des métiers cambrésiens et auquel on conserva le nom de «batiste» en souvenir de son inventeur.
Chaudement disputée pendant les XVIe et XVIIe siècles, elle ne fit retour à la France qu'en 1677 après avoir été assiégée par Louis XIV en personne.
Sa prospérité d'avant-guerre en faisait pour l'ennemi une proie souhaitable qu'il pressura, du reste, à merci et qu'il essaya de défigurer quand force lui fut de l'abandonner.
La place d'Armes qui constitue le centre du mouvement et des affaires a été démolie. Tout ce bel ensemble n'est plus qu'une masse informe de décombres, au milieu desquels l'hôtel de ville, toujours debout, présente de multiples et graves blessures.
La cathédrale, cœur de la vie spirituelle, a été, également, insultée. Son clocher, éventré à la hauteur du premier étage, se dresse encore comme par miracle, mais sa béante déchirure le voue à une prochaine ruine si l'on n'y porte bientôt remède.
Parmi les villes meurtries, Arras se place au premier rang, et il faut remonter à la prise de la place par Louis XI en 1479 pour retrouver trace d'une désolation comparable à celle qui, aujourd'hui, s'offre, ici même aux yeux.
Les sièges de 1640 et de 1654 l'avaient, en effet, laissée, pour ainsi dire, intacte et les siècles nous l'avaient transmise avec son cachet espagnol, ses places entourées d'arcades, ses maisons à pignons en escalier et son merveilleux hôtel de ville de la Renaissance, qui lui conservaient son allure noble de capitale provinciale. Qui reconnaîtrait ce charmant décor dans ces pierres effondrées et éparses, objets de nos respects et de notre admiration, dans ces façades déchiquetées où se lisent encore tant d'émouvantes beautés et de fières souffrances?
La pensée de ces douleurs est cependant toute notre espérance, puisqu'elle nous apporte la certitude qu'en ces monuments réside toujours une vraie vie, impersonnelle sans doute, mais vie humaine pourtant en laquelle s'incarnent toutes les existences de la cité.