En ces jours d'épreuves, plus encore qu'aux heures paisibles et prospères, l'hôtel de ville est la «maison commune», celle où tous, jadis, se réunissaient pour contribuer à rendre plus active cette vie municipale dont nos villes du Nord furent toujours si jalousement fières.

Ici, une chose s'affirme: la volonté de renaître. Peu de localités même auront fait preuve d'une telle énergie. Déjà, en différentes rues, des maisons, de vraies maisons à étages ont été rebâties. Activement, on pousse les travaux de reconstruction et, afin de hâter les déblaiements qui en sont les préliminaires obligés, des voies Decauville ont été installées dont l'une arrive jusqu'au cœur de la grande place, où se poursuit, au milieu du sifflement et du halètement des locomotives, l'œuvre de reconstitution.

Malgré les difficultés de la tâche, on sent qu'une invincible ténacité préside à ces restaurations et c'est le plus sûr gage du bel avenir qui attend demain la ville sortie de ses cendres.

A mi-chemin d'Arras et d'Amiens, Albert vivait à l'ombre de son clocher.

Célèbre par son sanctuaire vénéré dès le haut moyen âge, la petite ville constituait un fief qui fut, au temps de Marie de Médicis, acheté par le ministre Concini, puis transmis, en 1619, à Charles d'Albert, duc de Luynes.

Agricole et industrielle, elle devait surtout son développement au pèlerinage très fréquenté de Notre-Dame de Brebières, qui attirait chaque année de pieuses foules. Ses habitants disaient d'elle non sans fierté: «C'est la Lourdes du Nord!» et la belle basilique bâtie de 1885 à 1895 dans le style romano-byzantin leur donnait, somme toute, raison.

Avec l'obstination malfaisante qu'il mettait à saccager nos manifestations de beauté et de foi, l'Allemand s'est acharné sur ce sanctuaire béni où se trouvaient réunis à profusion marbres, vitraux, mosaïques.

Toutes ces œuvres d'art sont réduites en cendres, ainsi que l'admirable Vierge dorée qui, du haut du clocher, offrait son Fils aux adorations. Longtemps, la statue mutilée par les obus resta penchée au-dessus du vide et comme pleurant sur la désolation de son temple; puis, un jour, une dernière rafale la fit s'effondrer au milieu des matériaux amoncelés où elle est encore enfouie.

Albert ne fut pas la seule victime de la terre picarde. La vieille forteresse de Péronne, endormie dans la ceinture de ses remparts, se contemplait dans son passé, empanaché de nobles souvenirs et de grandes actions.

Ville féodale et place de guerre, elle joua un rôle important au moyen âge. Deux rois de France, Charles le Simple et Louis XI, y furent retenus prisonniers et ses murailles assistèrent aux luttes acharnées que les armées du Roi livraient aux gens du duc de Bourgogne.