En 1536, Charles-Quint l'assiégea et fut repoussé grâce à l'héroïne Catherine de Poix, dite Marie Fouré. Un peu moins d'un siècle plus tard, en 1631, Louis XIII y signa le traité qui préparait la réunion à la France de la Cerdagne et du Roussillon.

lus près de nous, en 1870, elle opposa à l'armée prussienne une résistance qui lui valut un bombardement de treize jours, la mutilation de son clocher et la destruction du huitième de ses maisons.

En récompense de sa valeureuse conduite, le 12 juillet 1914, au cours de fêtes grandioses, la croix de la Légion d'honneur était remise à l'antique capitale du Vermandois. Six semaines plus tard, l'ennemi paraissait sous ses murs.

Occupée dès le 28 août 1914, délivrée peu après, elle dut à sa proximité du front de connaître de dures heures.

Du charmant hôtel de ville et de son porche voûté d'ogives, il ne reste qu'un informe squelette sur lequel s'est écrasé son élégant campanile. Sur ces décombres, l'ennemi avait placardé l'inscription suivante qui voulait sans doute être spirituelle: «Nicht ärgern. Nur wundern. (Ne pas s'irriter, mais seulement admirer.)» Or, bien plutôt que la manifestation de la force brutale, ce qu'il convient d'admirer ici, c'est le réveil de l'activité. Quelques habitants sont revenus que l'on voit s'approvisionnant aux boutiques improvisées en un coin de la place. Singulier contraste que celui de la vie qui s'acharne à se réimplanter dans cette désolation de mort, et que l'on retrouve partout aussi énergique et frappant!

Sur une riante colline, dont la rivière des Trois-Doms baigne le pied, s'élevait Montdidier, serrée autour de ses deux églises, Saint-Sépulcre et Saint-Pierre, jolis monuments du style flamboyant et de la Renaissance que n'avait pas déflorés le siège victorieusement soutenu par la place en 1636.

Au dire d'un combattant qui y entra à la suite des Allemands, il semble qu'un formidable tremblement sismique ait secoué le coteau. Ce ne sont que ruines accumulées que dominent quelques carcasses d'édifices lamentables, disjoints, ébranlés jusque dans leurs fondations, au milieu d'arbres hachés, brisés, déchiquetés.

Paysage chaotique qui donne l'impression de l'anéantissement total! Par bonheur, l'œuvre de mort n'atteignit pas partout cette plénitude.

Ainsi en fut-il à Saint-Quentin! Sa situation géographique valut à cette place dès sa fondation des alternatives de bonne et de mauvaise fortune. Siège d'un évêché créé au lendemain du martyre de l'apôtre Quintinius, elle fut réduite en cendres par les Barbares et dut sa résurrection à saint Éloi qui y institua une communauté de clercs avec mission de veiller sur le tombeau de saint Quentin. Commerce et industrie profitèrent de l'afflux des pèlerins, qui, dès le Xe siècle, y achetaient des draps très réputés.

Son histoire militaire se résume en deux sièges mémorables: celui de 1557, où la ville, après avoir résisté héroïquement aux reîtres de Philippe II d'Espagne, connut les horreurs de la mise à sac et celui de 1870. Elle dut à sa position stratégique d'assister de 1914 à 1918 à un nouveau pillage, mais cette fois méthodique, systématique, organisé, puis lorsque furent réduites à néant ses plus florissantes industries et dévalisées ses maisons, de voir employer contre elle l'artillerie et la sape. Son hôtel de ville, bijou des XVe et XVIe siècles, avec ses arcades, ses trois pignons et son campanile, porte de nombreuses blessures.