Meurtrie aussi et combien défigurée, l'antique collégiale gothique qui passe à tort ou à raison pour être au moins en partie l'œuvre de Vilard de Honnecourt! Sa masse émerge à l'extrémité de la rue Saint-André, elle-même bordée de décombres.
Ici, les dégâts n'atteignent pas seulement la surface, mais encore les sous-sols et les importants souterrains aménagés sous la place dès le moyen âge en vue de sièges éventuels et qui, tous, furent reliés entre eux afin de permettre la circulation à l'abri des avions et des bombes.
Plus pathétiques encore sont les ruines de Soissons, dont l'admirable cathédrale des XIIe et XIIIe siècles est de tous nos sanctuaires, le plus gravement touché.
Sa nef n'existe plus, complètement détruite par le bombardement; charpente, voûte, murs, piliers se sont effondrés et forment à terre un monstrueux amas qui sépare le chœur du grand portail au-dessus duquel se dresse, tragique, le moignon de la tour du Sud, poignante silhouette de ruine qui crie vengeance pour la profanation de la Maison de Dieu!
Autour de la cathédrale, même spectacle! Le cœur de la ville, cible des batteries allemandes, a été réduit en miettes. Les rues sont bordées de débris informes, sur lesquels on n'est pas peu étonné de voir plantée de loin en loin une pancarte indiquant que la boulangerie X, réinstallée dans tel autre endroit, se tient à la disposition des clients. L'humour, on le voit, ne perd pas ses droits et se manifeste en donnant un nouvel exemple de la force d'âme qui règne aux pays dévastés.
A l'arrière-plan, et dominant à l'extrême horizon ce chaos, surgissent les deux flèches de Saint-Jean-des-Vignes que de nombreux projectiles ont atteint sans le défigurer, mais en lui laissant de ces cicatrices profondes qui sont la marque même du Germain.
Placée sur la route des invasions, au milieu d'une plaine environnée de collines, Soissons eut, du XVe siècle à 1870, de nombreux sièges à soutenir, mais l'héroïsme de sa défense ne put que rarement contrebalancer sa trop défavorable topographie.
Bien que ville épiscopale et malgré ses moutiers nombreux, elle formait un fief laïque qui ne fit retour à la couronne qu'en 1734.
Elle était autrefois le siège d'une généralité dont dépendait Château-Thierry. La vassale, bien que n'ayant pas été constamment sous les feux de l'ennemi, a voulu partager le sort de son antique suzeraine.