[23] Il y avoit en effet alors des comédiens italiens à Paris. En juin 1613, Malherbe avoit écrit à Peiresc: «On dit que les comédiens de Mantoue viennent, conduits par Arlequin.» Le 6 septembre, il avoit encore écrit: «Les comédiens italiens sont arrivés; mardi ils joueront au Louvre.» Le 27 janvier 1614, preuve singulière de la faveur de ces comédiens à la cour, le roi et Madame, toujours au dire de Malherbe, avoient tenu sur les fonts l'enfant d'Arlequin. Cette troupe étoit sans doute celle des Gelosi, que Henri IV avoit déjà appelée à Paris en 1600, lors de son mariage avec Marie de Médicis. Elle avoit pour chef J. B. Andreini, dit Lelio, que nous retrouvons encore à Paris, sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, en 1618, puis, ce qui s'accorde fort bien avec la date de ce premier caquet, de 1621 jusqu'à la fin du carnaval de 1623. Il revint une dernière fois en 1624, époque où il publia à Paris son Teatro celeste, précieux volume qui nous a valu un remarquable article de M. Charles Magnin (Revue des deux-Mondes, 15 décembre 1847, P. 1090-1109).
[24] C'étoit sans doute soit Mondor, soit Desiderio Descombes, dont il sera parlé plus loin.
[25] La rue Quincampoix ne porta jamais le nom de rue des Mauvaises-Paroles, qu'on ne lui donne ici sans doute qu'à cause des commères qui s'y trouvoient en nombre. Tallemant, peut-être pour la même raison, dit, dans une note de l'historiette de Scudéry (t. 9, p. 146), qu'on l'appeloit aussi rue des Cocus.
[26] Cette recherche des financiers pour leurs malversations étoit le vœu de tout le monde et ne se fit pas attendre, puisqu'elle fut décrétée en 1624, comme on le verra par une autre note. Une pièce satirique de ce temps-là, la Voix publique au roy (Recueil A-Z, E, p. 241), la demandoit avec instance; un autre écrit du même esprit et de la même époque, le Mot à l'oreille de M. le marquis de la Vieuville (Recueil F, p. 192), émettoit non moins vivement un désir pareil. «Ce sont, y est-il dit des financiers, des éponges mouillées qu'il faudroit presser. Il ont plumé l'oie du roy; qu'ils rendent au moins un peu de sa plume.»—Par le 411e article de la fameuse ordonnance du roi connue sous le nom de Code Michault, et publiée en parlement le 15 janvier 1629, une chambre composée d'officiers des cours souveraines fut créée pour vaquer de nouveau «à cette recherche et punition des fautes et malversations commises au fait des finances».
[27] L'origine de cette locution s'explique d'ordinaire par un passage de Suétone (Vie de Vespasien, chap. 23), ainsi reproduit dans le livre de Moizant de Brieux: «Nous avons pris, dit-il, cette façon de parler de ce que fit autrefois le muletier de Vespasien, qui, sous pretexte que l'une des mules estoit deferrée, arrêta long-temps la litière de cet empereur, et par là fit avoir audience à celuy auquel il l'avoit promise sous l'asseurance d'une somme d'argent, mais dont l'odeur vint frapper aussitôt le nez de ce prince, qui l'avoit très fin pour le gain; en sorte, dit Suétone, qu'il voulut partager avec son muletier le profit qu'il avoit eu à ferrer la mule.» (Origine de diverses coutumes et façons de parler, Caen, 1672, p. 101.) De là venoit qu'on appeloit ferre-mule tout valet qui trompoit son maître sur le prix des achats qu'il lui faisoit faire: «Un serviteur malin, trompeur et ferre-mule.» (Chapelain, trad. du Gusman d'Alpharache, 1re part., chap. 4.)
[28] Le mercier étoit, son nom l'indique, le marchand, mercator, par excellence, de même que le fèvre ou fabre, dont le nom se perdit plus vite, étoit l'ouvrier, l'artisan type. «Le corps des marchands merciers de Paris, lit-on dans le Dictionnaire de Trévoux (1732), est le plus nombreux et le plus puissant des six corps des marchands.» A lui seul il avoit pu fournir 3,000 marchands armés, en bon équipage, à la grande revue que Henri II avoit faite au landi de 1557. Ce corps «si nombreux et si accommodé» ne comptoit pas moins de vingt classes de marchands: les marchands grossiers, les marchands de drap, les marchands de dorure, les camelotiers, les joailliers, les toiliers, les marchands de dentelles, les marchands de soie en bottes, les marchands de peausseries, les marchands de tapisseries, les marchands de fer et d'acier, les clincaliers (sic), les marchands de tableaux, estampes, etc.; les miroitiers, les rubaniers, les papetiers, les marchands de dinanderie, les marchands de toiles cirées, parasols et parapluies; puis les menus merciers et les merciers ambulants. On peut en voir l'ample détail dans le Guide des corps des marchands, Paris, 1766, in-12, p. 358, etc.
[29] Les trésoriers étoient accusés de s'enrichir comme les autres gens de finance. Dans le Mot à l'oreille de M. le marquis de la Vieuville (Recueil A-Z, F, p. 178), il est dit que ceux de l'extraordinaire et ceux de l'épargne font seuls les profits.
[30] Les étoffes à la Turque étoient alors les plus recherchées; on alloit jusqu'à faire venir des ouvriers de Turquie pour les confectionner à Paris, et pour en faire des robes. «Je vous avois mandé, écrit Malherbe à Peiresc le 6 avril 1614, qu'on faisoit des habits pour la petite reine: c'est une robe qui se fait à l'hôtel de Luxembourg par des Turques, dont il y a deux lez de fait, et dit-on que c'est la chose du monde la plus belle.»
[31] Expression qui répond à celle que nous avons reproduite dans une note précédente: plumer la poule, plumer l'oie du roi, etc. On disoit, pour un homme adroit et d'intrigue, un dénicheur de fauvettes. (Dict. de Furetière.)
[32] Besogne ou besoigne se disoit alors pour hardes, effets. On en a un exemple dans ce passage d'une lettre de Malherbe à Peiresc (p. 384): «Cette pauvre princesse (la reine Marguerite) est volontiers excessive en ses libéralités: elle donna... une montre de cinq à six cents écus à madame de Montglas; elle donna aussi je ne sais quelle besoigne à madame d'Aumale, sous-gouvernante, et à madame la nourrice de Monseigneur.» Ailleurs, Malherbe parle encore «des besongnes de nuit de la signora Sperancilla» dont s'habilloient les cardinaux à Rome. Id., p. 58.