[Image plus grande]

LE MÉLOMANE.

~~~~~~~~

Omnibus hoc vitium est cantoribus...
Ut nunquam inducant animum cantare rogati.
Injussi nunquam desistant.

Horat.

[Image plus grande]

La révolution (nous parlons de la première) a eu des conséquences immenses, incalculables. Non-seulement elle a opéré des changements complets dans l'ordre politique, moral et social, mais encore, s'il faut en croire ses détracteurs, elle a bouleversé l'ordre physique et naturel. Écoutez quelques-uns de ceux que M. de Chateaubriand appelle les hommes des anciens jours; si l'atmosphère est aujourd'hui déplorablement dérangée, si le parapluie est devenu, comme l'amour, «de toutes les saisons,» si le printemps s'en va, si les petits pois au mois de mai sont rentrés dans le domaine du fantastique, c'est au mouvement de 89 qu'il faut s'en prendre.

Sans nous laisser entraîner dans de semblables exagérations, nous croyons être fondé à dire que la révolution a exercé en France une influence notable sur la mélomanie. Sous l'ancien régime, on chantait... pour chanter, comme les oiseaux, par un instinct naturel. La preuve que nos pères n'y mettaient, en général, aucun but, aucune préméditation, est dans la profusion de tra de ri de ra, de tra la la, de la fari don daine, la fari don don, de ton taine ton ton, etc., qui composaient le fond de la plupart des chansons d'alors. Ces refrains ne sont-ils pas, sous le rapport significatif, comparables au gazouillement du merle ou du sansonnet?

A cette époque, ce qu'on a appelé depuis le beau chanteur de société était complétement inconnu. Chacun chantait, sans apprêt, sans façon, le vin, l'amour et les belles, pour sa jubilation personnelle. C'était une affaire d'épanouissement de rate plutôt que de gosier.