Alix, se tournant subitement vers le jour par un mouvement involontaire de surprise, laissa voir sa jolie figure toute rouge et troublée, où brillaient quelques larmes, et fit un cri de frayeur et d'étonnement, pendant qu'Emma faisait un cri de joie: car ce n'était plus une rivale pour une coquette, cette femme qu'un regret d'amour faisait pleurer!

Elle entraîna son amie sur la petite causeuse bleue, la fit asseoir près d'elle, attira sa confiance par des paroles caressantes; et après ces mots inutiles, ces phrases inachevées et ces demi-confidences qui précèdent un aveu réel, Alix dit enfin:

—Avant mon mariage, il y a quatre ans... aux eaux de Baden avec ma tante, je connus le comte de Prades. Pendant six semaines, il ne nous quitta pas... Près de lui je me trouvais si heureuse, que je me croyais aimée.

Ma tante reçut ma confidence à la veille du départ; et le jour même, le soir, elle parla devant moi, devant lui, de tendresse, de liens éternels d'attachement... Que sais-je? ma tante voulait connaître les idées du comte. Comme elles répondirent peu à son attente et à la mienne!... Il se moqua des affections sérieuses, des sentiments vrais, prétendit impossible pour lui d'en jamais éprouver, se montra tel qu'il était... indifférent, curieux, moqueur.

Glacée par ses railleries, je n'eus pas l'idée de lui apprendre notre départ. Le lendemain nous quittâmes Baden, ma tante et moi. Mon père m'attendait à Paris avec un mariage arrangé et convenable; il m'était impossible d'aimer personne, mais j'obéis à mon père, et quinze jours après j'épousai M. de Verneuil. Je partis pour la campagne alors, et ne voulus plus revenir à Paris. Je craignais de le revoir, lui, car il était trop habile pour n'avoir pas deviné que je l'aimais. Le ciel ne bénit pas mon mariage, je fus malheureuse; et la mort de M. de Verneuil me laissa libre, mais sans espoir de bonheur.

J'hésitai deux années avant de revoir Paris, mes parents et mes anciens amis; j'avais raison, Emma!

Je repartirai demain pour n'y plus revenir.

Emma la regarda avec attention; la touchante figure d'Alix avait une délicieuse expression de tendresse; elle envia presque un sentiment qui, même dans ses chagrins, peut rendre aussi jolie.

Puis elle dit, pensive et comme à elle-même:—Quatre ans!—un voyage à Baden, il revint triste,—n'y retourna jamais,—se troubla même un jour que je parlais de cette époque.—Quand Alix arriva,—qu'il la revit,—il pâlit,—et ses yeux ne la quittèrent plus.

S'adressant alors à madame de Verneuil, Emma continua:—Vous a-t-il parlé de votre séjour à Baden... de votre mariage?