Fâcheux contretemps! être obligé de boire et de causer debout! la position n’était pas tenable, et je remis l’entretien à un autre jour. Je revins le lendemain à midi. La garde montante défilait dans la grande cour sous les yeux d’un adjudant-major. Il y avait là une centaine d’amputés à figure martiale, qu’on semblait avoir choisis parmi les plus mutilés. La plupart étaient dans l’impossibilité absolue d’obéir au commandement d’arme-bras ou de partir du pied gauche ou du pied droit, et le tapin qui tambourinait en tête de l’escouade était seul intact et complet. Au milieu du groupe se trouvait celui que je cherchais.
J’allai le prendre au corps de garde. «Impossible, me dit-il, de vous parler aujourd’hui, mais j’ai songé à vous, et cette note contient tous les renseignements que vous désirez.»
Sur ce, il me glissa dans la main un papier que je me hâtai de déplier. Il portait:
RELEVÉ DES SERVICES ET CAMPAGNES DE JEAN-CHRISTOPHE TELLER, NÉ A STRASBOURG, EN JUIN 1758.
Entré au service en 1777, au régiment de Dauphin (dragons) actuellement 7e.
A fait les campagnes de 1792 à l’armée du Nord, sous Lafayette; celles de la Champagne, sous Dumouriez. Il était à Valmy, à Fleurus, à Maëstricht, etc., etc., etc.
A reçu, sous Véronne, dans le col, une balle qui est restée, et un coup de sabre sur la tête, près Maubeuge.
A été retraité en 1813.