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Ah! qu’on est fier d’être Français
Quand on regarde la colonne!

le grognard de la vieille garde.

Procédons par ordre chronologique dans la peinture de ces trois personnages.

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L’invalide de Louis XVI a fait la guerre de Hanovre, avant 1783; mais, depuis cette époque, il a servi la Convention, le Consulat, l’Empire, la Restauration, avec la même indifférence et la même fidélité passive. Tant de révolutions se sont succédées sous ses yeux, qu’il n’a plus de foi qu’en lui-même; cette croyance est celle de bien d’autres. On assure qu’un noble sang coule dans ses veines; car il est convenu que le même sang ne coule pas dans les veines de tous les hommes. C’est, dit-on, son père, grand seigneur jouissant d’un revenu de cent mille livres, qui a daigné lui laisser une rente de 650 francs 75 centimes. Quoi qu’il en soit, il a tous les défauts et toutes les qualités d’un gentilhomme. Il est poli avec prétention, galant avec afféterie, coquet avec recherche. Il montre une mansuétude qui n’est point de la bonté, une bonté qui n’est point de la bienveillance. Son embonpoint et sa fraîcheur d’octogénaire témoignent des bons effets de la cuisine de l’Hôtel, à laquelle sa gastronomie ajoute, de temps à autre, une truite, un homard ou des truffes. Il s’est longtemps enorgueilli d’une croix de Saint-Louis, dont Louis XVIII l’avait décoré; mais, depuis 1830, il met à la dissimuler autant de soin qu’il en mettait jadis à la faire voir.

Sans lui tenir compte de cette renonciation volontaire, le troupier de la république lui adapte l’épithète d’aristocrate. Celui-ci assistait au siége de Bréda, et faisait partie du détachement de cavalerie qui, en l’an III, s’empara de la flotte hollandaise retenue dans le Texel par les glaces. Il a été réformé dès 1804, mais sa dernière blessure date de 1814; il l’a reçue au siége de Paris. Il a horreur des prêtres, et ne voit pas sa sœur, sa seule parente, gouvernante à la Visitation, parce que, dit-il, elle est de la calotte. Son puritanisme n’a jamais pu s’accoutumer à accoler au nom des rues la qualification de saints; il dit la rue Dominique, le faubourg Honoré, et même la rue Roch, ce qui n’est guère euphonique. Il regrette Hoche et Kléber, et persiste à désigner Napoléon sous le titre de général Buonaparte.

«Buonaparte! s’écrie à ce sujet l’invalide de la vieille garde, Buonaparte! dites donc Napoléon, s’il vous plaît, autrement nous serions forcés de nous rafraîchir d’un coup de sabre, et ça deviendrait désagréable. Tonnerre! c’était ça un homme! tous vos généraux à cadenettes ne sont pas dignes de lui cirer ses bottes. Et dire que les Anglais!... mais, non, allez, il n’est pas mort! ceux qui soutiennent qu’il est mort ne le connaissent pas; il en est incapable. Dieu de Dieu! s’il revenait... quel tremblement!...»

Ces paroles émanent d’un individu porteur d’une face balafrée, d’une pipe culottée, d’un pantalon bleu et de guêtres blanches; on est en décembre. Ce soldat modèle, plié à toutes les exigences du service, à la discipline, aux fatigues, aux privations, est entré dans la garde à la formation, et en est sorti au licenciement. Son existence a commencé à Austerlitz et fini au Mont-Saint-Jean. La charge, la fusillade, l’empereur galopant au milieu d’un nuage de poussière et de fumée, voilà toute sa vie; avant et après, il n’y a rien. Il se croit encore de la vieille garde; le ruban de sa croix est plié comme celui des soldats de la vieille garde, et il a soin de faire retaper ses chapeaux neufs dans le style vieille garde, par un de ses anciens camarades. En s’appuyant sur une pièce de canon aux armes d’Autriche, il s’imagine toujours être à Vienne. Le gouvernement de Napoléon est à ses yeux le seul grand, le seul légitime, le seul logique. Si vous causez avec lui du ministère: «Ne me parlez pas des ministres, dit-il; c’est des clampins qui caponnent devant les puissances étrangères; l’empereur se comportait autrement avec elles: votre coq ne vaut pas notre aigle.