Soudain l’air fraîchit; un point gris paraît à l’horizon, grandit, s’approche... A de larges gouttes succèdent des torrents de pluie sous lesquels la route disparaît, labourée en tous sens. La faible lumière de la lanterne s’est éteinte aux premiers souffles de l’ouragan; l’obscurité serait complète, si de fréquents éclairs ne permettaient encore de se conduire.

Le père François calme l’effroi des voyageurs, soutient l’énergie du postillon dont il suit tous les mouvements. Seul, il semble lutter contre les éléments réunis.

Mais bientôt la tempête redouble de fureur; effrayés des éclats répétés du tonnerre, excités par les cris de terreur qui partent de la voiture, les chevaux n’obéissent plus à la main mal assurée qui les guide. Ils se jettent dans le débord... Une seconde encore, et la diligence va disparaître entraînée dans le ravin... Déjà elle balance incertaine au bord de l’abîme... La stupeur a rendu les bouches muettes, silence solennel qu’interrompt aussitôt une chute pesante, répétée par la montagne avec fracas...



Les voyageurs sont sauvés... grâce au sang-froid et à l’intrépidité du père François, dont l’œil exercé avait à l’avance mesuré le danger. Sauter à terre au moment le plus périlleux, couper les traits d’une main ferme et adroite avait été pour lui l’affaire d’un instant, et les chevaux seuls roulaient dans le précipice......


L’orage une fois calmé, les voyageurs gagnent à pied le bourg voisin et y réclament les secours nécessaires.

Quant au père François, une seule pensée le préoccupe, son regard inquiet interroge toutes les parties de sa voiture, et lorsque cette visite lui a appris qu’elle n’a rien souffert, lorsqu’un nouveau relais l’a mis à même de continuer sa route, il rejoint sa petite caravane.

On l’entoure, on le félicite; alors seulement on s’aperçoit qu’un mouchoir plein de sang soutient son bras.... Il a été blessé. Les éloges redoublent, on lui offre des soins pour le présent, de l’argent pour l’avenir.