[Note 472: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 66.

[Note 473: ] [(retour) ] Chetivoison. Captivité.

[474]En ce point venoit Gondoald de Poitiers; mais quant il sut que l'ost le roy Gontran estoit là, il retourna à Angolesme; là le reçurent honorablement l'évesque et les barons. Quant il les eut merciés, il s'en retourna vers la cité de Perrigort, et pour ce que l'évesque ne le reçut pas en grace ni en faveur, comme il lui sembla, il le frappa assez vileinement et lui fit assez de persécucions. De là s'en alla vers Tholouse; mais avant envoya aucuns de ses chevaliers, et manda à l'évesque que il lui venist à l'encontre. L'évesque, qui Manulphe eut nom, assambla le peuple de la cité et les amonesta tant comme il put, que ils se tenissent vigoureusement contre lui, que ils ne rechaïssent par avanture en telle subjection comme ils souffrirent jà dessous Sigulphe[475]. Puis leur dit que bien leur devoit souvenir du duc de la cité Desier, que trop de mal souffrirent sous lui, quant il les requit de telle chose. Par telles paroles les enortoit à contester; mais la peur de l'ost qui sur eus venoit les admonesta des portes ouvrir; ainsi reçurent donques Gondoald en la cité. L'évesque, qui avec lui mangea, commença à parler à lui en telle manière: «Bien que tu affirmes que tu soies fils le roy Clotaire, et que tu dies que tu dois avoir le royaume, trop nous semble forte chose à parfaire ce que tu as encommencié.» Gondoald lui respondi: «Je dis que je suis fils Clotaire, et que je ai jà une partie du royaume conquis, si comme il appert: quant je aurai la cité de Paris prise, je establirai là le siège de mon royaume».--«Jà», dit l'évesque, «si Dieu plaist, ce n'accompliras, ni ce que tu dis n'adviendra tant comme il y aura hoir de royale ligniée.» Quant l'évesque eut ce dit, Mummole le féri de la paume parmi la face et puis lui dit: «Mauvais évesque! n'as-tu pas honte de parler si outrageusement à nostre seigneur le roy Gondoald?» Quant le duc Desier sut que il avoit amonesté le peuple contre lui, il le fit battre de bastons et de poings, les choses de l'églyse ravit et saisit, une corde lui lacha au col, puis l'envoya en exil.

[Note 474: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 67.

[Note 475: ] [(retour) ] Voy. ci-dessus, lib. III, cap. 3.

Les François, qui devant estoient esmus contre Gondoald, vindrent jusques à un fleuve qui est apelé Dordogne, là attendirent pour savoir s'ils oiroient de lui nule nouvelle. A lui s'estoit accompagnié Galdon le chamberlenc Rigonde fille le roy Chilperic, le duc Desier, Mummole et Bladaste et Sagilaire, à qui il avoit promis l'éveschié de Thoulouse: tous ceus estoient ses très privés; tout estoit ordoné et fait par leur conseil. Lors envoya Gondoald à ses amis qui demeuroient en la souveraine France[476], (ce sont les parties qui sont de la cité de Rhains jusques à la cité de Mets), deus épitres leur envoya par deus clers, desquels un qui estoit né de la cité de Cahours prit les lettres que il portoit et les mit en parfont ès tabliaus d'une table de fust[477]; puis le couvri de cire pardessus pour ce qu'elles ne fussent trouvées, qui cerchier les vousist: mais cette cautèle lui valut peu; car les gens le roy Gontran prirent lui et son compaignon; toute la cause de leur voie reconnurent; puis furent mis en prison.

[Note 476: ] [(retour) ] «In superiori Francia.» (Aimoin.) La parenthèse explicative est le fait du traducteur.

[Note 477: ] [(retour) ] «Ligneam quam ferebat cavans tabulam.» (Aimoin.) C'est-à-dire: Creusant une tablette de bois qu'il portoit. «Cavata codicis tabula.....» (Grégoire de Tours.) C'est-a-dire: Ayant creusé la couverture d'un livre.

A la cité de Bordiaus vint Gondoald; l'archevesque Bertrau le reçu moult volentiers; là demeura ne sais combien de jours. A l'archevesque Bertran demanda une heure[478] par quelle chose il seroit si seur que il ne peust estre surmonté de ses ennemis. Un de ses familiers lui respondi que un roy d'Orient avoit eu plusieurs fois victoire de ses ennemis, tant comme il portoit les reliques de saint Serge le martyr liées sur son bras. Lors demanda qui avoit les reliques de ce saint martyr: l'archevesque Bertran lui respondi que un marcheant d'Orient demeuroit en la ville, qui avoit nom Eufrone, et avoit de là ces reliques aportées; une églyse avoit faite en sa maison, en quoi il les gardoit en grant révérence: et entre les autres miracles que nostre Sire fit pour le martyr, en fist-il un qui bien fait à ramembrer: car la cité ardi[479] et cette chapelle n'eut garde[480]. L'archevesque et le duc Mummole furent là envoyés pour les reliques querir; au marcheant dirent que ils estoient la envoyés de par le roy Gondoald pour les reliques querir de saint Serge le martyr que il avoit en garde. Eufrone le marcheant leur respondi: «Seigneurs, je vous prie que vous ne me traveilliez, moi qui suis vieus et desbrisié, et que vous ne fassiez au saint force ni vilenie; je vous donerai cent besans d'or, si vous souffrez de cette chose[481].» Ils lui respondirent s'il leur en donnoit deus cens que ne s'en soufferroient-ils pas. L'archevesque regarda amont[482], si vit une filatière[483] qui pendoit à la parois: maintenant fit drecier une eschièle amont; et commanda à son diacre que il montast pour ataindre les reliques. Quant il fu monté, une si grande peur le prit que ceus qui à terre estoient, cuidèrent que il chaïst jus. Toutes-voies prit la filatière, la tendit à Mummole qui la reçut comme présumpcieux; le vaissel ouvri à son coutel et départi les reliques en trois parties. Le saint martyr monstra lors un petit de ses vertus; car une peur prit à ceus qui là estoient si très grant, que ils furent merveilleusement espoventés: les reliques saillirent en loin d'eus, et se perdirent si que nul ne les put voir. Tous se couchièrent en oroisons et commencièrent à pleurer, mesmement Eufrone le vieillard qui moult se doloit de son domage, et de ce qu'il estoit despoillié de si précieux trésor. Soudainement aparurent les reliques delez eus; Mummole en prit une partie, et ils s'en tornèrent à tant. Le martyr monstra bien que ce que ils avoient fait ne lui plaisoit pas, car il ne voulut onques secourir ni aider celui par lequel commandement ses reliques avoient esté ostées. Ces mesmes messages envoya Gondoald au roy Gontran; il leur commanda que ils portassent rameaus d'olive[484] selon l'ancienne coustume de France, pour ce que tous sussent que messages fussent et que on ne leur fist nulle vilennie; mais ils ne se contindrent pas si sagement que mestier leur fust. Car ils racontèrent au peuple la cause de leur voie, avant que ils fussent au roy présentés[485]. Quant devant lui furent venus, il leur demanda qui ils estoient et qui les avoit envoyés à lui; leur besoigne racontèrent tout ordenéement, que message estoient leur seigneur Gondoald, fils le roy Clotaire, si comme il disoit, lequel lui mandoit que il lui délivrast sa partie de la terre son père, et si ce ne voloit faire hastivement, bien seust-il que il entreront en la terre à grande force, gasteroit le païs et saisiroit les cités et les chastiaus. Car en brief tems auroit grandes osts assemblées; et sans le peuple d'Aquitaine, qui à lui se tenoit, atendoit-il grant secours du règne d'Austrie[486] et des plus puissans barons du royaume Childebert. Ainsi respondirent les messages à la première demande que le roy leur fit. Lors commanda que ils fussent estendus ainsi comme sur chevaus de fust[487], et battus longuement. Ce commandement bien fu fait contre raison et contre la franchise de légacion. Car messages ne doivent avoir mal ni mal oïr. Puis reconnurent que Rigonde la fille au roy Chilperic, et Manulphe l'évesque de Thoulouse estoient envoies en exil[488]. Lors commanda le roy que ils fussent mis en prison et gardés jusques à l'autre audience.

[Note 478: ] [(retour) ] Une heure. Un certain jour.