[Note 498: ] [(retour) ] Forbourg. D'où nous avons faubourg. (Forisburgum.)
III.
ANNEE 584.
Comment Gondoald fu traï de sa gent.
Cinq jours avoit jà que ils avoient la cité assise: Leudegesile[499] prevot et connestable, que le roy Gontran avoit fait maistre et capitaine de tout l'ost, commanda que l'on aprochast les tormens et les engins pour les murs acraventer. Ces engins estoient fais en la manière de chars couvers de gras entablemens, du grans futs et de claies par dessus. Dedans estoient les creuseurs qui minoient les murs; mais ces instrumens leur valurent peu: car ceux de dedans qui fortement se deffendoient, leur laschoient grans mairins[500] aigus et grandes pierres pesantes, dont ils refreignoient leurs effors; et les moutons n'estoient moult convenables, pour ce que on les povoit légièrement ardoir: car ils leur lançoient menuement souffre et poix boulliant et buches sèches tout ardans, si que ceus de defors n'osoient près aprochier. Toute jour dura la deffense et l'assaut en telle manière; l'endemain se pourpensèrent ceus de defors comment ils porroient ceus dedans grever. Un moult grant assemblement firent de verges et ramiaus d'arbres pour emplir la valée qui moult estoit parfonde; mais envahi se traveillièrent pour la valée qui trop estoit grande, et pour ce que ceux de la forteresce leur lançoient pierres et feu ardant si durement que ils ne s'osoient près approchier.
[Note 499: ] [(retour) ] Prevot et connestable. « Regalium propositus equorum, quem vulga comistabilem vocant.» (Aimoin.)
[Note 500: ] [(retour) ] Mairins. Madriers. Blocs de bois.
Leudegesile vit bien que leurs effors estoient vains et que pour néant se traveilloient: lors se pourpensa comment il les porroit decevoir par traïson. Mummole fit apeler pour parler à lui privéement; lors le commença à blasmer et à reprendre de ce que il avoit laissié le roy Gontran, qui tant estoit miséricord et débonnaire, et de ce que s'estoit alié à un felon tiran. «Que demeures-tu tant?» dit-il, «attens-tu que la cité soit prise et que tu périsses par ta déserte? retrai-toi de lui et repaires à ton droit seigneur: car il sera pris en brief tems et puni selon ce qu'il a desservi.» Mummole lui respondi que moult volentiers s'en conseilleroit; arrière retourna, si apela Sagittaire et Galdon. Car Bladaste qui se doutoit que la cité ne fust prise, bouta le feu au moustier et tandis que les autres entendoient au feu estaindre, il s'enfui repostement. Avec ces deux apela un citoien de la ville qui avoit nom Cariulphe, de ses biens vivoit qui estoient grans; car il estoit moult riche homme. Puis leur monstra comment leurs choses estoient establies en felon lieu, et comment ils estoient haineus à toute gent, pour ce que ils avoient fait roy d'un homme et s'estoient à lui soumis, de quelle nacion ils n'estoient pas certains. A la parfin les amonesta que ils donnassent lieu à fortune qui si leur estoit contraire, et que s'il leur voloient donner seurté que ils n'auroient garde de perdre vie ni membre, ils leur rendroient la cité qui jà estoit au prendre, et le faus roy à qui ils s'estoient aliés: à ce s'accordèrent tous. Mummole fit savoir à Leudegesile que il venist parler à lui: lors lui raconta ce que il avoit trouvé en son conseil, et que bien plaisoit cette chose à lui et à ses compagnons. Leudegesile loua moult leur sens et leur prudence de ce que ils avoient tel conseil eu: le serment leur fit que il empetreroit leur pais vers le roy Gontran: et s'il advenoit par aventure que la volenté le roy durast longuement en ire envers eus, il les encloroit en un moustier jusques à tant que le maltalent le roy fust refroidi. Mummole qui par cette malice fu deceu, s'en ala à Gondoald et lui dit ainsi: «Tu as bien esprouvé que je ai toujours este loyal envers toi, et que je t'ai servi de bon cuer et de pensée enterrine. Et le peus-tu savoir par ce que je t'ai toujours donné bons conseils et loiaus, et me suis combattu contre tes ennemis; et tant comme tu as usé de mon conseil, tes choses sont venues en prospérité: aussi grant talent ai-je encore de toi conseillier loiaument, comme je eus onques: car tu l'as bien vers moi desservi. Si te dis ore cette chose, pour ce que je ai parlé à nos adversaires qui là hors sont, pour sentir et pour essaier quel courage[501] ils ont vers nous; mais de tant comme je en puis percevoir, ils n'ont pas male volenté vers toi: ains dient que ils s'esmerveillent moult pourquoi tu fuis et eschives ton frère le roy, et dient encore que ils cuident que ce soit pour ce que tu ne veus pas disputer à ceus qui savent la généalogie de ton lignage, pour ce que tu n'en es pas certain: pour ce ne veus venir en la présence de ton frère qui volentiers te verroit. Si tu me veus donques oyr de ce que je te dirai, je te loue que tu ailles au roy Gontran ton frère avec eus et avec moi; ainsi te metras hors de soupeçon, car je crois que ce sera cause de ta pais et de ta santé.»
[Note 501: ] [(retour) ] Courage. Coeur.