[Note 492: ] [(retour) ] Aimoin. lit. III, cap. 69.

[Note 493: ] [(retour) ] Le guerpirent. Le traducteur a mal interprété la phrase d'Aimoin qui présente, il est vrai, quelque ambiguïté, mais que Grégoire de Tours permet de comprendre parfaitement: «Relictus a Desiderio duce, Garonnam cum Sagittario episcopo, Mummolo et Bladaste ducibus atque Wuaddone transivit.» (Grégoire de Tours, lib. VII, cap. 34.) Ainsi, Didier seul avoit guerpi ou laissé Gondoald.

[Note 494: ] [(retour) ] C'étoit la ville de Comminges.--Le coupet. La pointe.

II.

ANNEE 584.

Comment Gondoald fu assis en la cité de Bordiaus.

[495]Ci commence la manière comment Gondoald fu assis en la cité. Le roy Gontran lui envoia une lettre au nom de Brunehaut qui lui mandoit, si comme les lettres feignoient, que il despartist toutes les gens que il avoit assamblés pour ostoier[496], et que il alast à Bordiaus pour yverner: ainsi le fit, comme les lettres le dévisèrent. Quant les chevetains de l'ost le roy Gontran, qui s'estoient logiés sur l'eau de Dordogne, surent que Gondoald avoit passé le fleuve de Gironde, ils prirent des meilleurs chevaliers et des plus hardis que ils eussent, puis ordonèrent comment ils passeroient amont l'eaue de Gironde. Là furent aucuns noiés, pour ce que l'eaue estoit fort et raide, et ils estoient mauvèsement montés. Mais quant ils furent de l'autre part arrivés, ils trouvèrent grant plenté de mules et de chamiaus chargiés d'or et d'argent et d'autres richesces que leurs ennemis, qui devant eus s'enfuioient, avoient lessiés: à l'autre partie de l'ost qui demourée estoit, les envoièrent. Puis chevauchièrent après Gondoald au plus isnelement que ils purent: au terroir de Gaune[497] vinrent; au moustier saint Vincent cuidèrent entrer: mais ceus du païs qui leurs meubles y avoient mis pour garantir, leur fermèrent les portes. Maintenant boutèrent ens le feu et les ardirent, puis emportèrent tout ce que ils en purent porter, comme crois et calices et ornemens d'autel: mais tantost furent punis de la vengeance nostre Seigneur; car les uns eurent les mains arses du feu d'enfer, les autres devenoient hors du sens, les autres s'occioient à leurs propres mains. Aucuns qui pas ne furent punis pour ce, par aventure, que ils n'avoient rien meffait au martyr, vinrent devant la cité où Gondoald estoit et les siens, aus champs tendirent leurs tentes: le forbourg [498] et la contrée d'entour ardirent et gastèrent premièrement; mais aucuns qui furent ardens et convoiteus de corir en proie s'esloignièrent plus des autres que mestier ne leur fust: car ils furent pris et occis de ceus qui gardoient les villes voisines. Quant la cité fu assise, aucuns qui plus estoient hardis que les autres montèrent sur une montaigne qui assez près estoit; lors commencièrent à laidengier Gondoald par telles paroles: «O tu, Ballomire! dont te vient telle présumpcion, que tu te fais roy apeler? pour tes bobans et pour tes outrages te firent les roys de France tondre et te dampnèrent pour envoier en exil. Chetif, mauvais! respons-nous, et nous nomme ceus qui sont en ton aide et qui te font telle chose faire. Il ne peut estre que tu ne soies pris prochainement, si seras puni et tormenté par ton orgueil.» Pour telles vilenies ni pour semblables ne se mouvoit de rien Gondoald; mais il disoit engigneusement que bien lui souvenoit des vilenies que son père lui avoit faites, et que ses proches l'avoient exilié de son païs. Des estrangers estoit reçu en amour et en miséricorde, et ses amis le haïssoient comme ses mortels ennemis: quant il estoit en estranges terres, les princes et les roys lui donnoient grans dons et grandes richesces, dont il estoit aimé et chéri de l'empereonr de Constantinople, quant Gontran-Boson le deçu par ses fallaces: «Il me trouva», dit-il, «en Constantinople, quant il aloit en Jérusalem en pélerinage: je qui estoie curieus de mon père et de mon païs, lui demandai de lui et de mes frères et de l'estat du royaume. Lors me respondi ainsi: Tu demandes de ton père, je te dis que lui et ses frères sont morts, à peine en y a un tout seul demeuré en vie; Gontran tout seul est demeuré, mais tous ses enfans sont morts, si n'y a demeuré que un sien petit neveu qui fu fils le roy Sigebert. Et lors lui dis: Biau dous ami, que me loes-tu que je fasse? Adonc me loa que je retornasse en France, et me dit que les François me desiroieut moult, et que volentiers me bailleroient le royaume, et mesmement ceus du royaume mon neveu Childebert, pour ce que il n'avoit pas sens ni aage du royaume gouverner. Vous donques biaus seigneurs, povez bien savoir que je suis vostre sire. Ostez donques le siège dont vous m'avez enclos en cette cité, et faites tant que je puisse avoir la pais et l'accordance le roy Gontran mon frère.» Quant Gondoald eut ainsi parlé à ceux qui sur la montaigne estoient, ils commencièrent à maudire et à menachier, et lui lançoient dars et javelots dedans la cité.

[Note 495: ] [(retour) ] Aimoin. lib. III, cap. 70.

[Note 496: ] [(retour) ] Ostoier. Guerroyer.

[Note 497: ] [(retour) ] Gaune. Variante: Ginnes. Il falloit Agen, ou plutôt Saint-Vincent. «Venientes ad basilicam sancti Vincentis, Agennensis territorii.» (Aimoin.) Saint-Vincent aujourd'hui est une commune du département de Lot-et-Garonne, à sept lieues d'Agen.