[Note 826: ] [(retour) ] Cette réflexion n'est pas dans Aimoin ni dans Fredegaire, mais seulement dans les Gesta Dagob.

[827]Incidence. En ce tems que le roy Dagobert gouvernoit glorieusement le royaume de France, régnoit Grimoars sur les Lombars, qui le royaume avoit conquis par sa cruauté. Car il avoit occis Gondebert le fils Haribert, qui devant lui avoit régné, et un sien frère chassé d'Italie. Ce roy Grimoars avoit deux frères Tasson et Cocone; lesquels occist Grégoire, un patrice de Rome, en une cité qui a nom Opiterge[828], par grant traïson; car il avoit promis à celui Tasson que il seroit son fils adoptif, et que il lui couperoit le sommet de la barbe selon l'ancienne coustume; et lui avoit-il mandé que il venist à lui surement à peu de gent entre lui et son frère. Celui-ci y vint ainsi comme il lui manda. Quant il fu entré en la cité, lui et tant de gent comme il amenoit, Grégoire fist fermer les portes sur eus, et les fist assaillir par gens armés et apareillés. Et quant ceux-ci aperçurent la traïson, ils surent bien que ils n'en pourroient échapper; mais toutes voies se mirent à deffense et garantirent leurs vies tant comme ils purent durer, parmi les places de la cité s'espandirent, et occioient ceus qui vers eus venoient: grant occision firent de leurs ennemis; mais pour ce que ils étoient peu de gent envers ceus qui les assailloient, et ils ne purent pas longuement souffrir la force de si grant multitude, furent-ils occis à la parfin. Et pour ce que ce patrice Grégoire avoit promis à Tasson que il lui couperoit la barbe, il lui tint bien ce convenant; car il lui fist couper le chief premièrement, et puis le sommet de la barbe après, pour ce que il ne fust tenu pour parjure[829]. Opiterge cette cité assist puis le roy Grimoars toute la rasa et fondi en vengeance de ses frères qui dedens eurent esté occis.

[Note 827: ] [(retour) ] Aimoini lib. IV, cap. 32.--Paul Diac., lib. IV, cap. 14.

[Note 828: ] [(retour) ] Opiterge. Ou Ordesi.

[Note 829: ] [(retour) ] P. Diac., lib. V, cap. 10.

[830]Au tems de ce roy Grimoars, Constantin l'empereour de Constantinoble moult avoit grant désir de chacier les Lombars d'Italie: pour ce esmut ses osts, et passa la mer Adriène, et mist le siège devant la cité de Bonnivent. Le roy Grimoars revint d'autre part atout son ost pour lui lever du siége: de son avènement eut l'empereour si grant paour que il s'enfui; mais il lessa son ost et un sien prince qui avoit nom Saburre. Celui-ci vint à bataille contre le roy Grimoars et se combati à lui: en cet estour estoit Amalingue, un Lombart, qui par coustume portoit adès l'espée du roy après lui: de cette mesme espée féri un Grec; puis le prist en le sachant[831] de la selle du cheval, et le leva sur son col. Pour ce fait furent les autres Grecs si espoventés, que ils guerpirent la bataille et tournèrent en fuite. Et quant l'empereour Constantin sut que son ost estoit desconfi, il fu moult dolent et moult courroucié; mais il tourna son courroux sur les Romains: à Rome s'en alla, là le reçut moult honnorablement l'apostole Vitalien, qui en ce temns gouvernoit sainte Eglyse. Le premier jour que il vint là, il offri un paile d'or à l'autel saint Pierre; lendemain et aus autres douze jours que il demeura après, fist abatre et mettre jus toutes les ymages de cuivre et d'autre métal, et toutes les œuvres qui anciennement avoient esté faites pour biauté et pour ornement de la cité. L'églyse nostre Dame et de tous Saints, qui jadis fu apelée Panthéon, fit couvrir de bauche[832]; les riches tables d'airain, dont elle estoit devant couverte, fist oster et porter en Constantinoble avec les devant dites ymages et maint autre riche ornement. Quant il vint en Sésile, il eut la déserte des maus que il avoit fait: si grans cruautés faisoit là, que il mettoit en grief servitude le peuple de Sésile, de Calabre, de Sardaigne et d'Afrique, et desevroit le père du fils, et la femme de son mari. Pour ces desloyautés et pour semblables estoit plus haï de ses ministres que de ses ennemis; dont il advint que ils l'occirent en un bain. Après lui, tint un an l'empire un sien fils qui eut nom Mizantius[833].

[Note 830: ] [(retour) ] P. Diac., lib. V, cap. 4 et cap. 5.

[Note 831: ] [(retour) ] Sachant. Tirant.

[Note 832: ] [(retour) ] De bauche. Sans doute de chaume. Ce mot, dans une acception analogue, s'est conservé en Touraine.

[Note 833: ] [(retour) ] Mizantius. Ou plutôt Mizizi, qui n'étoit pas fils de Constant II, mais qui disputa pendant un an l'empire à son fils, Constantin-Pogonat.