[Note 128: ] [(retour) ] Mesmement. Surtout (de maximè).

[Note 129: ] [(retour) ] Cette phrase d'Aimoin a été l'occasion de longues controverses entre les philologues. Daras, au lieu de Dabis, semblant pour les uns attester l'existence d'une langue romaine vulgaire dès le temps de Justinien, et ne prouvant rien du tout pour les autres.

IV.

ANNEES 527/533.

Comment Bélisaire fut trahi par envie, et comment
il prist le roy des Wandes
.

[130]Bélisaire prist à femme Anthonine la sœur de l'imperatrice, puis l'envoia l'empereour en Afrique, et le fist patrice et deffendeur du païs. De si grant amour l'amoit, que il le faisoit seoir à sa table, et servir de pareilles viandes comme lui-même estoit servi. Moult estoit en grant soin de l'avancier et honourer. Mais envie qui de povreté n'a cure fors de ceus que elle voit monter par bonne fortune et par bonnes avantures, et touz jours detrait et despiece ceus que elle voit monter en honneur et en richeces, fu moult dolente, quant elle vit monter Bélisaire en prospérité. Pour laquelle chose aucuns traitres alèrent à l'empereour, et lui dirent que Bélisaire tendoit à l'occirre, et saisir l'empire. L'empereour crut assez légièrement ce que les traitres lui affirmoient, et avant qu'il eust la vérité connue, savoir ou non si ce estoit mençonge ou vray, il lui commanda que il s'alast combattre contre les Waudes[131]. Ces Wandes estoient une gent hardie et forte et batailleuse, qui aucune fois avoient vaincu la force des Romains, soumis et humelié les plus nobles princes et les plus renommés de Rome.

[Note 130: ] [(retour) ] Aimoin. lib. II, cap. 6.

[Note 131: ] [(retour) ] Wandalos. (Aimoin.)

Quant Bélisaire eut ce commandement reçu, il ala à son hostel triste et plain de larmes. Anthonine sa femme vit que il avoit la face pâle et descolorée et plaine de pleurs: elle lui demanda la cause de sa tristesce, et le pria fort qu'il lui dist le secret de son chagrin, pour savoir s'elle i pourvoit metre conseil. Il lui respondi que ce estoit chose de bataille et non pas de fileure de laine, et pour ce lui estoit-il mieux métier que il s'en conseillast à homme que à femme. Lors lui respondi Anthonine: «Je me fie tant en Jhesu-Crist que je donnerai conseil d'homme, si tu me dis la vérité de ta besoigne; car l'apostre dist que l'homme qui n'est pas fidèle sera sauvé par fidèle femme.» Ceste Anthonine estoit bonne crestienne de la foi de Rome; mais Bélisaire estoit enveloppé de l'hirésie arienne. Lors commença un petit à penser, et regarda que aucune fois trouve-t-on conseil et sens en cœur de femme: pour ce si elle est de plus frêle nature que n'est homme, ne demeure-t-il pas pour ce que elle n'ait aucune fois entendement de profondes choses. Lors lui dist que l'empereour lui avoit commandé que il s'apareillast d'aller encontre les Wandes, qui estoient si hardis et si forts que nul ne povoit d'eus à chef venir. Anthonine lui respondi lors hastivement, de bele chière comme celle qui eut mise jus toute paor féminine et pris la vigour d'homme: «Nul,» dit-elle, «si comme l'Écriture nous tesmoigne, ne met son espérance en nostre Seignour, qui n'ait de lui secours et aide: pour laquelle chose, sire, je te prie et amonneste que tu déguerpisses l'erreur et le blasphême des hérétiques et croies en celui qui est triple et un seul Dieu; fais vœu au Dieu du ciel, et je te promets que tu retourneras plus grant et plus glorieux vainqueur que tu ne fus onques.» Car l'empereour Justinien avoit par lui brisié la fierté de mainte nacion. Quant il eut promis que il feroit ce que elle lui conseilloit, elle lui dist de rechief: «Garde que la beauté de ton visage ne soit plus mue, pour le soin et pour la sollicitude de ceste bataille. N'avons-nous douze mille sergens que nous soustenons à nos dépens? n'as-tu dix-huit mille chevaliers, que tu as acquis et qui sont tiens par la dignité de ton office et de ta seigneurie?»--«Oui,» dit Bélisaire.--«Prends donques douze mille chevaliers et quatre mille sergens; si chevauche par terre, et entre soudainnement en Afrique, et je prendrai six mille chevaliers, je entrerai en mer et arriverai en l'isle[132]. Quant il sera point d'assembler à nos ennemis, tu feras alumer et embraser grans lumières de feu: quant nous qui serons ès nefs, verrons ce signe, nous ferons aussi et vous montrerons ce même signe; lors attaquerez nos ennemis, et nous aussi d'autre part.»

[Note 132: ] [(retour) ] En l'isle. C'est une faute du traducteur ou plutôt des scribes. Aimoin dit: Fines petam Libiæ, et il falloit écrire: En Libie.