[316]A la parfin, laissa Mérovée les respons de la devineresse, et se prist aus devins respons: car en ce tems usoit-on communément de telle chose. Trois jours et trois nuis veilla, puis reçu telle response du livre des rois: «Eò quòd reliquistis Dominum Deum vestrum, tradidit vos Dominus in manus inimicorum vestrorum:» Si vaut autant à dire: «Pour ce que vous avez déguerpi vostre Dieu, il vous a baillié ès mains de vos ennemis.» Du prophète telle: «Dejecisti cos dum allevarentur:» c'est-à-dire, «Tu les as abaissés et déjetés, quant ils estoient alevés.» Des évangiles telle: «Scitis quia post biduum Pascha fiet:» si vaut autant à dire: «Ne savez-vous que Pasques seront après deux jours.» Pasques en hébreu si vaut autant que trespassement. Quant Mérovée eut entendu que ces paroles parloient de lui, il alla à la tombe saint Martin et pleura moult tendrement, puis s'en parti entre lui et Gontran atout cens hommes et plus: par la cité d'Auxerre trespassa droit à Dijon: d'iluec s'en alla droit en la Champaigne Rainsienne: là fu entrepris des gens du païs[317]. Lors se douta moult durement qu'il ne fu là retenu et livré ès mains son père; bien pensoit, s'il le pouvoit tenir, que de grièves paines le puniroit. En si grant désespérance chéit, qu'il apella un sien familier qui avoit nom Gailènes, et lui pria qu'il l'occist; celui-ci fist son commandement: car il le feri d'un coustel parmi les costes, si qu'il lui transperça tout outre: en telle manière fini sa vie Mérovée. Ce Gailènes, qui occis l'avoit, eut puis les mains coupées, le nez, les oreilles et les piés, et mourut ainsi atourné: mais si ce fu pour ce, nous ne savons mie; car l'histoire n'en parole pas.
[Note 316: ] [(retour) ]: Aimoini lib. III, cap. 23.
[Note 317: ] [(retour) ] «A Tarabannensibus circumventum est,» dit Grégoire de Tours. «Tarunnensibus,» ou «Tarvanensibus,» dit Aimoin. C'est évidemment les habitans du Tardenois, petite contrée qui séparoit le Soissonnois de la Champagne Rémoise.
Un fils que le roy avoit, et avoit à nom Samson, mourut en ce tems: moult eut-il grant duel de la mort de cet enfant.
[318]Incidence. En cette année fu veue au cours de la lune une estoile clere et resplendisante.
[Note 318: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 24.
Incidence. Un puissant homme du règne Chilperic, qui estoit appelé Gontran Boson, lessa ses filles en l'églyse saint Hillaire de Poitiers, et s'en alla au roy Childebert à Mets au dix-septiesme an du règne de Chilperic et Gontran et du troisiesme de Childebert. Ce Gontran voulut oster ses filles de Poitou pour mener avec lui; mais trop doutoit la force d'un sien aversaire, qui avoit nom Drocolaine, qui moult lui faisoit de persécutions. Pour ce essaya premièrement à lui fléchir par promesses et par dons: celui-ci qui moult estoit orgueilleux et presumcieux en courage, respondit au message, que encore avoit-il la hart, dont il soloit pendre les autres deçus[319], et de laquelle il pendroit Gontran Boson. Quant Gontran oy si orgueilleuse response qu'il se vantoit de le pendre, il tendi les mains an ciel et réclama le Seigneur qui fait seul les merveilles en ciel et en terre et le pria qu'il le secourut par la prière saint Martin. Il se combati encontre Drocolaine, et le feri de la lance parmi la joue, si qu'il lui tresperça tout outre parmi la goule qui avoit dites les orgueilleuses paroles contre lui; de la selle du cheval le leva, et le flati du cheval mort à terre. Par telle aventure traïst hors ses filles de Poitiers et les mena quelque part qu'il voulut.
[Note 319: ] [(retour) ] Deçus. «Deceptos,» dit Aimoin, «Culpabiles,» dit mieux Grégoire de Tours.
[320]Incidence. Les Poitevins et les Angevins assemblèrent et joignirent leurs forces ensamble. Varoque le comte de Bretaigne cuidèrent soudainement surprendre; mais il sut leur intention et fu garni de leur venue; sur eus s'embati à minuit, et en fist grant occision; au tiers jour après pacifia-il aus ducs le roy Chilperic: son fils leur bailla en ostages et il rendi ce qu'il avoit pris: la cité de Vanes rendi, en telle manière que le roy la lui laissoit tenir par sa grace, par an treu[321] rendant. Mais après un peu de tems il failli des convenances qui avoient esté mises; il envoia Eunice l'evesque de Vanes à cour pour avoir response d'aucunes causes; mais le roy lui dist assez de vilaines paroles, quant il fu devant lui venu, et fit si esmu contre lui qu'il l'envoya en essil.
[Note 320: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 25.