[Note 415: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 48.

XVII.

ANNEE 583.

Comment les deux rois murent guerre contre le tiers,
et comment ils firent pais
.

[416]Le roy Childebert envoia Gillon l'archevesque de Rains et aucuns des princes de son règne en mesage au roy Chilperic son oncle, pour confermer pais et aliances. L'archevesque commença la parole et dist ainsi: «Chilperic noble roy, nostre sire le roy Childebert ton neveu te requiert que la pais et l'aliance qui entre vous deux fu pieça establie, soit du tout en tout confirmée. Il ne puet avoir l'amour ni la bonne volenté le roy Gontran ton frère, pour ce qu'il demande la moitié de Marseille qu'il retient sans raison, ni rendre ne lui veult les fugitifs de son roiaume: si vous vouliez donques estre d'un accord et d'une volente, et joindre vos deux forces ensemble, assez tost pourriez prendre vengeance des tors qu'il vous fait.» Lors respondi le roy et dit ainsi: «La colpe et le meffait de mon frère est si apert qu'il ne puet pas légièrement estre celé: et si mon doux neveu recensoit bien et diligemment en son cuer comment les choses sont allées, il trouveroit que son père fu occis par la tricherie et par la desloiauté de lui. Pour laquelle chose je lui promets aide et secours en toutes manières, et moi et mes compagnons, de aidier de vengier la mort son père, de laquelle je suis moult dolent. Car j'ai perdu mon frère et mon ami, qui moult m'amast, s'il fust en vie.» Après ces paroles ils confermèrent les aliances et donnèrent ostages d'une part et d'autre: puis partirent à tant les mesages[417]. Le roy Chilperic fist ses osts assembler, et mut pour le païs gaster et pour prendre les cités et les villes du roiaume Gontran; les ducs et les chevetains envoia en diverses parties pour prendre la cité de Bourges. D'une part, le duc Bérulphe les envaï lequel estoit chevetain des Touranjaus et des Angevins; Desier et Bladaste d'autre part atout grant multitude de gent. Le roy leur avoit commandé qu'ils préissent les fois et les sermens des cités qu'ils prendroient en son nom. Mes les Biturigiens, qui de leur venue furent avisés, vindrent encontre le duc Desier à quinze mile hommes, à un chastel qui estoit nomé Mediolens[418]. A lui se combatirent, et pendant qu'ils se combatoient, les autres ducs assistrent la cité. Le roy Chilperic se hasta moult d'eus ensuivre, tous ses osts fist passer parmi Paris, ja soit que les osts Childebert son neveu ne feussent pas encore venues, mais il avoit aucuns de ses princes en sa compaignie; tout le païs alèrent gastant et robant jusques à Meleun, puis que ils eurent passé le terroir de Paris. Le roy Gontran, qui bien se refut pourquis, ne redouta pas à venir contre eus à bataille; ses conforts et son espérance estoit tout en nostre Seigneur. La nuit après issi hors de ses herberges, ainsi comme pour son ost escharguetier, une compaignie de ses anemis encontra qui des autres s'estoient partis pour gaaignier; sus leur courut, et les desconfi assez briement. Lendemain quant les osts furent armés et apareilliés d'une part et d'autre, et qu'ils estoient ainsi comme à l'assambler, aucuns preudomes qui avoient pitié de la perdicion du pueple et des rois qui frères estoient germains, se travaillièrent tant que à la pais vinrent, et fu entr'eus concorde et aliance fermée: si promirent que l'un amenderoit à l'autre tout ce que il lui auroit meffait. Le roy Chilperic commanda à sa gent qu'ils se tenissent de tolir et de rober le païs: pas ne s'en voulurent tenir, dont le roy fu si courroucié qu'il férit le conte de Rouan d'un glaive parmi le corps: en telle manière restreint et refrena la rapine des autres: les proies qu'ils avoient prises fist rendre, et les prisons qu'ils avoient pris aussi. A ceus qui la cité de Bourges avoient assise manda qu'ils s'en retournassent: mais en leur retour fu pris aus mains tout ce que ils porent à eus choisir.

[Note 416: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 49.

[Note 417: ] [(retour) ] Les messages. Les hommes chargés de réunir l'armée.

[Note 418: ] [(retour) ] Mediolens. «Mediolanense castrum, quod nunc Magdunum dicitur.» On croit que cette explication a été ajoutée plus tard au texte d'Aimoin, et l'abbé Lebeuf a soutenu avec beaucoup de vraisemblance qu'il falloit reconnoître dans ce nom, Château-Meillan, petite ville du Berry, aujourd'hui département du Cher, arrondissement de Saint-Amand.

[419]Le roy Childebert tenoit son ost d'autre part tout assamblé en une champaigne: les murmures et la noise du menu pueple monta à mie-nuit. Tous frémissoient de ire et de mautalent contre Gilon l'archevesque de Rhains et vers les autres ducs de l'ost, et crioient en telle manière: «Ceus-ci devroient estre ostés de la présence et de la compaignie le roy, qui son roiaume lui honnissent et le soumettent à autrui seignourie.» Au plustost qu'ils purent le jour apercevoir, ils vindrent au tref le roy tout apensséément, pour occire l'archevesque Gilon. Quant il aperçu le péril où il estoit, il monta et s'enfuit à peu de gent au plustost qu'il put; tant avoit grant paour qu'il n'osa reprendre une bande dont il couvroit son chief, qui cheue lui estoit. A celui fu grand bénéfice que ses anemis n'avoient pas chevaus apareilliés pour lui ensuivre. En la cité de Rhains se feri, tandis comme ils s'appareilloient pour lui chascier.

[Note 419: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 50.