Comment Gondoald fu né, et comment il fu fait roy.

[448]Nouviaus plais et nouvele cause fu meue de rechief contre Théodore l'évesque de Marseille, pour ce que il avoit receu en la cité Gondoald, qui se vantoit que il estoit frère le roy Gontran. De ce Gondoald voudrons brièvement noncier comment il fu norri et comment il vint avant: car nous deviserons cy-après pluseurs choses de lui et de ses fais. En France fu né, sa mère le norri selon la coustume que l'on soloit norrir les rois de France anciennement; les cheveus avoit espars par les espaules, selon l'ancienne coustume; sa mère le présenta au viel roy Childebert et lui fit entendant que il estoit fils Clotaire son frère, si l'amenoit à lui pour ce que son oncle estoit et pour ce que son père l'avoit cueilli en haine. Le roy Childebert le reçu pour ce que il n'avoit nul hoir; puis l'envoia au roy Clotaire qui veoir le voloit. Quant il le vit il lui fit roigner les cheveus et lui dit que son fils n'estoit-il pas. Mort fu le roi Clotaire: son fils le roy Caribert le prit et le norri comme son frère; mais le roy Sigebert le rapela puis et lui refit roigner les cheveus, et le fit garder en prison en la cité de Couloigne. De cette prison eschapa, à Narsès s'enfui, qui lors gardoit l'Italie de par l'empereour de Constantinople; d'iluec ala à l'empereour Justin de qui il fu moult familier. Lors advint que Gontran-Boson le trouva là qui aloit en Jérusalem en pélerinage au sépulcre; moult l'exhorta et conseilla que il retournast en France. Gondoald crut son conseil. Quant à Marseille fu arrivé, l'évesque Théodore le reçut, chevaus lui pourchaça et autres harnois. D'iluec s'en alla en la cité d'Avignon au duc Mummole qui s'estoit mal parti du roy Gontran. Quant Gontran-Boson sut que l'évesque avoit ce fait, il le mit en prison, pour ce que il avoit reçu en la cité l'espieur et l'ennemi du royaume, si comme il lui mettoit sus. L'évesque qui en trop fort prison estoit, pria à nostre Seigneur que il le confortast: tout maintenant, une si grande clarté resplendi en la prison où il estoit, que le duc Goutran en fu espoventé et de cette prison fu osté et mené au roy Gontran, entre lui et un autre évesque qui avoit à nom Epiphane, qui d'une cité de Lombardie estoit venu à Marseille à l'évesque Theodore. Le roy les refit tous deux mettre en prison: cet évesque Epiphane mourut; mais Théodore, qui en nul cas ne fu trouvé coupable, s'en revint à Marseille quite et délivré. La raison pour quoi il fu délivré si légièrement fu pour ce que il monstra une lettre que la gent et les familiers le roy Childebert lui avoient envoiée, qui disoient que il reçust Gondoald honorablement.

[Note 448: ] [(retour) ] Aimoin. lib. III, cap. 60.

Le duc Gontran et un autre duc du roy Gontran prisrent le trésor Gondoald et le départirent: d'or et d'argent grand masse en firent porter en la cité de Clermont en Auvergne. Ce trésor avoit mis Gondoald en une ile de mer jusques à tant qu'il véist à quoi sa besoigne torneroit. Après ceste chose s'en alla Gontran-Boson au roy Childebert. Quant avec lui eut demouré, ne sai combien de tems, et il se fu mis au retour lui et un sien fils, il fu pris et mené au roy Gontran. Fortement le menaça le roy et lui dist qu'il lui feroit paine soufrir, pour ce qu'il avoit receu en la cité Gondoald. Il lui respondi et dist ainsi: «Je proverai bien que je n'ai colpé[449] en ce que tu me mets sus, si je te laisse mon fils en ostage jusques à tant que je t'aie livré Mummole qui est coupable de ce fait.» A ceste chose s'acorda le roy, son fils retint et lui laissa aller. A tant s'en alla Gontran-Boson, et asiégea la cité d'Avignon à grant multitude de gent; moult avoit grant désir de parler à Mummole: sus la rive du fleuve qui près de la cité court se mist. Mummole, qui en l'autre rive fu, lui cria qu'il passast outre hardiement, qu'il n'avoit garde de lui[450]. Celui-ci sailli en l'eaue entre lui et un sien compaignon qui fut noié. Gontran alla tant deçà en là, si comme les ondes le boutoient, qu'il vint d'autre part à rive; hors issi par une lance que un chevalier lui tendi. Mummole lui dist assez d'outrages et de vilenies. Adont vint là le duc Gondolfe, que le roy Childebert avoit envoie pour lever le siége de la cité; avec lui enmena Mummole en la cité de Clermont. Quant il eut là demouré une pièce, il s'en retourna, pour ce que si longue demeure lui tournoit à anui: il s'acompaigna au duc Desier, qui à lui estoit venu de Toulousain.[451] Gondoald mandèrent et le firent roy sur eus, sus un escu le levèrent, voiant tout le peuple, et commencièrent à crier: «Vive le roy, vive le roy!» selon la coustume que l'en sieut[452] faire anciennement aus roys de France. Par trois fois le portèrent sur l'escu tout entor l'ost; mais l'escu leur cheut soudainement, atout leur roy, si qu'à paine put-il estre relevé.

[Note 449: ] [(retour) ] Colpé. Failli.

[Note 450: ] [(retour) ] Qu'il n'avoit garde. Qu'il n'avoit pas sujet de se garder.

[Note 451: ] [(retour) ] De Toulousain. «A pago Tholosano.» (Aimoin.)

[Note 452: ] [(retour) ] Sieut. L'on a coutume.

XXII.

ANNEE 594.