Note 591: Jeun. A jeun.

Note 592: Ce passage prouve assez bien, il me semble, contre l'opinion de beaucoup d'antiquaires, que le premier objet de l'institution du lendit ou landit, ou foire de Saint-Denis, fut d'exposer et de laisser voir les reliques précieuses que l'église se glorifioit de posséder. Comme les religieux ne pouvoient s'astreindre à recevoir toute l'année les dévots que l'espérance de contempler la chemise et la ceinture de la sainte Vierge, la couronne d'épines, les clous et partie de la croix du Sauveur, etc., etc., auroit chaque jour attirés en foule, on assigna, on indiqua trois jours de l'année pendant lesquels on seroit admis à les adorer. Ces trois jours prirent le nom de «temps indiqué, indictum,» vulgairement l'indict ou lendit. En même temps, une somptueuse foire ne manqua pas de se tenir et d'obtenir de grands priviléges auxquels l'abbaye de Saint-Denis perdoit fort peu de chose. On a souvent fait honneur à Charles-le-Chauve de l'institution du lendit; il est probable que cette solennité remonte à l'époque primitive de la célébrité des reliques de l'abbaye de Saint-Denis. Tant que le catholicisme fut la seule religion de la France, le lendit resta fidèle aux motifs de sa fondation; mais, au temps des protestants, les châsses et les sanctuaires cessèrent de s'ouvrir, et le lendit ne fut plus qu'une grande foire surveillée par MM. les suppôts de la police.

Note 593: Pour quoi. Pourvu que.

Et ce firent et establirent tous les prélas qui là furent, arcevesques, évesques, abbés, desquels les noms sont cy mis. Premièrement, le pape Léon; Turpin, l'arcevesque de Rains; Justin, arcevesque de Mont-Laon; Johan, arcevesque de Lyon; Arnoul, arcevesque de Tours; Pierre, arcevesque de Milan; Orsent, arcevesque de Ravenne; Théodore, arcevesque de Penthapole de Libie; Haimbert, arcevesque de Sens; Gosbert, arcevesque de Bourges; Grimaud, arcevesque de Rouen; Achilas, arcevesque d'Alixandre; Théophile, patriarche d'Antioche; Umbert, évesque de Saintes; Guibert, évesque d'Orléans; Jehan, évesque d'Abranches; Giuffroy, évesque de Noyon; Israël, évesque de Mez; Rodulphe, évesque de Cambray; Goubert, évesque de Troyes; Richart, évesque d'Amiens; Rotard, évesque de Flandres; Geron, évesque de Pavie; Hardoin, évesque de Versel; Eusèbe, évesque de Boulongne; Estienne, évesque d'Auguste; Marchaire, évesque de Belge; Fromont, évesque de Liége; Robert, évesque de Soissons; Anthonie, évesque de Placence; Torpe, évesque de Pise; Désier, évesque de Langres; Licon, évesque d'Angiers; Lupicus, évesque de Valence; et Fortunas, arcediacre de cette églyse. Ces deux mistrent le suaire nostre Seigneur sur le corps d'un mort qui maintenant fu résuscité.

Ce miracle voult faire nostre Seigneur devant son peuple, si comme je croy, pour ce qu'il feust lumière de foy et de créance aux présens, et après à ceulx qui après luy vendroient. Tous les prélas qui là furent et tous ceulx que nous nommerons après distrent qu'ils eurent veu ce miracle qui estoit œuvre de Dieu, le Père tout puissant.

Les abbés furent Fourré, abbé de Saint-Denis en France; Florent, abbé de saint Benoit du Mont-Cassin; Lupicius, abbé de Lyon; Pierre, abbé de Laon; Serges, abbé d'Angiers; et Serges, abbé de Rains; Jehan, abbé de Châlons; Pierre, abbé de Nivelle; Aubert, abbé de Saint-Quentin-du-Mont; Jehan, abbé de Saint-Quentin en l'Isle; Carbonel, abbé de Limedon; Rabode, moyne de Saint-Praiest, et Guidon de ce meisme lieu; Anthoines, évesque de Verdun; Ponce, évesque d'Alle; Nicholas, arcevesque de Vienne; et Soltain, son arcediacre; Dasée, évesque de Thoulouse; Machaire, évesque de Troyes; et Antoine, un sien arcediacre; Raimbaut, évesque de Marseille; Rigomers, évesque de Meaulx. Tous ces prélas qui cy sont nommés et mains autres dignes personnes conformèrent par leurs scaulx celle constitution que l'empereur establit, et demourèrent là un mois et trois jours pour garder les saintes reliques à l'honneur de Dieu et au profit du peuple.

Mais avant qu'ils se départissent[594], l'empereur leur fist une requeste et leur dit en telle manière: «Seigneurs tous qui cy estes assemblés, vous premièrement, sire pape de Romme, qui estes chief de toute crestienté, et trestous seigneurs prélas, arcevesques, évesques, abbés, je vous requiers que vous m'octroiez un don.» A ce respondit Turpin, l'arcevesque de Reims, pour tous:

«Très-doulx empereur et sire, quanqu'il te plaira à requerre, nous te octroions doulcement et de bonne volenté.»—«Je vueil donc,» dist-il, «que vous et devant tous dessevrez de la compaignie de Dieu et de sainte Églyse, tous ceulx qui empescheront et destourberont en quelque lieu que je muire, que le corps de moy soit apporté à Ais-la-Chapelle et mis en sépulture. Car je désire à estre là mis honnourablement et en la manière que l'en doit roy et empereur mettre en sépulture, sur tous autrès lieux.»

Note 594: Dans la chronique latine, cette requête de Charlemagne est faite à plusieurs années de là, mais à peu près dans les mêmes termes, ainsi que les réponses des prélats.

L'apostole et tous les prélas qui là furent assemblés obéirent à la requeste l'empereur. A tant se départirent, et retourna chascun en sa contrée, en loant et glorifiant le roy qui règne et régnera par tous les siècles des siècles. Amen.