Note 63: Pepin le Brief. Tous les anciens chroniqueurs françois ont donné au père de Charles Martel le surnom qui n'est pourtant resté qu'à son fils, le roi Pepin. Sic vos non vobis…
Note 64: Luchophale, et mieux Lucofale (Lucofao, Lufao, Lucofago). On est indécis sur ce lieu. Don Calmet le retrouve dans Lifou, au diocèse de Toul; dom Ruinard dans Loisy, en Lorraine; dom Nicolas Lelong, dans Bois-Fay, près de Marle. Cette dernière opinion me semble la plus probable, Lucofago devant être précisément la traduction latine de ce mot vulgaire. Ce pourroit bien être encore Laffaux, à deux lieues de Soissons où, près d'un siècle auparavant, l'armée de Fredegonde avoit mis en déroute celle de Theodebert et Theoderic. (Voy. tom. 1, livre IV des grandes chroniques chapitre X).
[65]Ebrouin qui de rien ne fu chastié[66], pour nul grief que on lui eust devant fait, recommença à grever les François plus cruellement qu'il n'a voit onques devant fait; mais nostre Sire lui rendi les mérites de ses faits peu de tems après, en vengeance de monseigneur saint Légier et de son frère que il avoit fait martirier, par un François qui avoit nom Hermanfroi, qui l'espia une nuit: sur lui vint soudainement entre lui et ses aides et l'occist. Après ce fait s'en ala en Austrasie à Pepin le Brief. Lors eslurent les François un autre à la seignourie du palais qui avoit nom Garaton. Ce Garaton fist pais au duc Pepin d'Austrasie, et reçut de lui ostages en confirmation de la pais. Ce Garaton avoit un fils qui avoit nom Gillemer, fier et courageux estoit, mais trop estoit cruel de courage, et de pesmes[67] meurs; à son père pourchaça mal et fist tant que il lui supplanta la dignité du palais. De ce le reprist saint Oain archevesque de Rouen, et lui deffendist que il ne féist telle cruauté ni telle félonnie vers son père. Mais oncques rien n'en voulut laissier, pour le chastiment[68] du saint homme. Maintes discordes et maintes batailles fi contre Pepin le duc d'Austrasie, à qui Garaton son père avoit formées aliances. Mais pour le péchié de son père[69] et pour autres crimes que il avoit fais en prist nostre Sire telle vengeance, que il routa l'ame de son corps soudainement[70], selon la parole saint Oain. Et quant il fu mort, Garaton son père entra en l'honnour et en la dignité du palais, si comme il estoit devant esleu.[71] Une femme avoit qui moult sage estoit et estraite de haut lignage, Enseflède avoit nom. Mort fu quant il eut le palais gouverné une pièce de tems. Les François, qui avoient diverses intentions, ne surent qui ils péussent eslire après lui: si foloièrent à la parfin[72]; car ils eslurent un homme néant profitable au royaume, qui Berthaire avoit nom: petit estoit de stature, et n'es toit de nul sens ni de nul conseil.
Note 65: Gesta reg., cap. 47.
Note 66: Chastié. Refréné, réprimé.
Note 67: Pesmes. Très-mauvaises. (Pessimæ.)
Note 68: Chastiment. Reprimande.
Note 69: Le pechié de son père. Le péché de Gillemer à l'égard de son père.
Note 70: Que il routa, etc. «Iniquissimum spiritum exhalavit.»
Note 71: Gest. reg., cap. 48.—Fuitque et matrona nobilis atque
ingeniosa.