Note 726: Vita Ludovici Pii.—IV.

Quant le père eut là de mouré une pièce, il retourna en France en prospérité, luy et tous ses osts. Le roy Loys, son fils, envoia en Acquitaine, et luy livra tout le royaume. Un noble prince qui avoit nom Arnoul et mains autres menistres luy livra pour luy garder et conduire. Jusques à Orléans l'emportèrent en un berceuil; et là meisme, avant qu'il entrast au royaume d'Acquitaine, luy appareillèrent armes et chevauchée telle comme il afféroit à son aage. En sa terre fu reçu des barons si comme il dut. Quatre ans y demoura sans guères yssir du païs; mais son père qui maintenoit les guerres et les assauts continuels contre la gent de Saissoigne, si comme l'histoire l'a plainement devisé en ses fais, se doubta moult de luy, et eut paour que le peuple d'Acquitaine ne montast en aucune présumpcion contre l'enfant, pour ce qu'il estoit si loin de luy; si se doubtoit encore plus que l'enfant n'accoutumast mauvaises meurs et mauvaises enfances de la manière de la gent du païs[727]: car quant tel aage est nourri en mauvaises tèches[728], il ne les désaprent pas légièrement. Pour ce luy manda qu'il vinst à luy. L'enfant qui estoit grant et bien chevauchant, ordonna son royaume au conseil de Arnoul, son maistre, et laissa ès provinces et ès marches contes et ballifs, pour la terre gouverner et deffendre, se mestier en feust[729].

Note 727: «Cavens ne….. peregrinorum aliquid disecret morum.»

Note 728: Teches. Habitudes; d'où nous avons gardé entiché.

Note 729: L'auteur latin, sans parler d'Arnoul, de comtes ni de baillis, dit simplement: «Relictis tantùm marchionibus qui fines regni tuentes, omnes, si fortè ingruerent, hostium arcerent incursus.» On voit que d'abord les marquis étoient essentiellement des chefs préposés à la défense des marches ou limites. Il y a loin d'eux aux marquis des temps modernes; mais aussi combien avons-nous de comtes qui aient des comtés, de ducs qui aient des duchés, de barons qui aient des baronnies? et nous sourions des enfants qui jouent à la poupée!

A grans gens meust et vint à son père là où il le manda[730], en habit de Gascon estoit atourné, si comme le père luy avoit mandé, luy et les autres nobles hommes de son aage qui avec luy chevauchoient par compaignie. Si avoit vestu ainsi comme une cloche roonde[731], et les manches de la chemise longues et pendans. Les esperons laciés sur les chauces[732] et un javelot en sa main. Avec le père demoura une pièce de temps, et avec luy alla jusques à Heresbourc.

Note 730: Où il le manda. A Paderborn. «Ad Patrisbrunam.» Ce dernier mot n'a pas été compris par le moine de Saint-Denis, qui va plaisamment le traduire par: si comme le père lui avoit mandé.

Note 731: Comme une cloche roonde. C'est à peu près ce que nos paysannes portent encore et nomment thérèse, sans doute du nom de l'Espagnole sainte Thérèse. Le texte latin dit amiculo rotondo, cape ronde, et Catel a remarqué avec raison, à propos de ce passage: «que dans Paris, encore aujourd'hui(1633), on appelle une cloche, les chapes que les Parisiennes portent, qui couvrent la tête et ne passent point la ceinture.» (Histoire du Languedoc, liv. 1.)

Note 732: Tout cela est librement rendu. Il falloit: «Si avoit une cloche roonde, les manches de la tunique (ou camisia) amples, le vestement des jambes large, les éperons fixés à la chaussure, etc.»

Quant l'esté fu auques trespassé et ce vint le temps de septembre, il rinst congié au père et retourna pour yverner en Acquitaine.