En celle année tint l'empereur général parlement à Ais-la-Chapelle. Par toutes les provinces de son royaume envoia preudes hommes et loiaulx de son palais, et esprouvés en droit pour amender les forfais et pour faire à chascun droit et justice. Bernart son nepveu, le roy de Lombardie, manda: cil y vint volentiers, et l'empereur luy donna grans dons et le congéa.

En ce temps vindrent à court les messages Grimoart, le prince de Bonivent, pour obéir à la volenté l'empereur. Pour leur seigneur jurèrent qu'ils rendroient, chascun an, sept mille souls de deniers d'or ès trésors l'empereur.

[824]Trois fils avoit l'empereur: Lothaire, Pepin et Loys. L'istoire ne parle pas quand né coment ils furent nés, et pour ce nous en convient taire. [825]Lothaire envoia en Bavière, pour le pays gouverner; Pepin en Acquitaine; Loys, le tiers, retint encore avec luy pour ce qu'il estoit trop jeune.

Note 824: Cette phrase est une addition du traducteur.

Note 825: Vita Ludovici Pii.—XXIV.

En ce temps vint à court Heriols, le prince de Dannemarche, que les fils le roy Godefroy avoient chacié du royaume. A l'empereur vint à garant; si se rendit à luy et luy fist hommage à la coustume de France[826]. L'empereur le reçeut et luy dist qu'il alast en Sassoigne, et attendist tant qu'il li peust envoier secours pour sa terre recouvrer. Et en ce mesme temps rendit-il aux Saisnes et aux Frisons leurs terres et leurs héritages qu'ils avoient perdus au temps de son père.

Note 826: Et lui fist hommage. «JuxtLa morem Francorum, manibus illius se tradidit.» De là sans doute l'expression que nous conservons encore: se mettre entre les mains de quelqu'un.

De cette chose parlèrent plusieurs diversement, qui diversement estoient meus: car les uns disoient qu'ils cuidoient qu'il eust ce fait par debonnaireté et par franchise de son cœur; les autres disoient que c'estoit par non sens et mauvaise pourvéance, et disoient que tels gens sont par nature cruels et desloyaux, et devroient tousjours estre si restrains et si chastiés qu'ils n'eussent povoir de guerre esmouvoir né rebeller. Mais l'empereur qui mieulx amoit à vaincre par débonnaireté que par armes, le fist pour ce que il les peust vaincre par franchise et par amour, et que ils feussent plus tenus à luy, pour ce que il leur faisoit plus grant miséricorde. Si ne fu pas deceu d'espérance, car ils obéirent tousjours depuis humblement et dévotement à luy.

[827]En tour un an après ces choses, fu racompté à l'empereur que aucuns des plus puissans de Rome estoient jurés et aliés encontre l'apostole Léon. La chose fu descouverte et attainte: et pour ce les fist l'apostole décoler selon les lois et les anciens establissemens des empereurs de Rome[828]. L'empereur qui oï ce dire, porta grief de ceste vengeance, et non pas pour ce qu'elle ne feust bien selon les lois, mais pour ce que le souverain preslat et le chief spirituel de tout le monde avoit osé faire si roide justice. Bernart son nepveu, le roy de Lombardie, y envoia pour savoir sé c'estoit voir ou non. Et luy commanda par un messagier qui avoit nom Girout, qu'il en sçeut amander la vérité.

Note 827: Vita Ludovici Pii.—XXV.