Note 908: Berart, ou Bernart, duc de Septimanie.
Après ces choses s'en ala l'empereur oultre le Rin, à une ville qui est nommée Franquefort; en chaces de bois se déporta une pièce de temps. Et quant ce vint vers la Saint-Martin, si repaira pour yverner à Ais-la-Chapelle. Tant demoura que la Nativité fu passée. [909]Vers le temps de la quarantaine estoit jà la saison passée, quant les traiteurs ne se peurent plus tenir célés, qu'ils ne descouvrissent le mal qu'ils avoient en pensée contre si doulx et si débonnaire seigneur. Premièrement se descouvrirent les plus grans et firent qu'ils s'alièrent à eulx en traïsoa; les mendres déceureut aussi par parolles, par promesses, et firent tant et sus et jus, qu'ils eurent grant nombre de compaignons.
Note 909: Vita Ludovici Pii.—XLIV.
Et quant ils virent qu'ils eurent les plus grans de leur acort, si s'en alèrent à Pepin, l'un des fils de l'empereur; à luy se complaignirent de ce que l'empereur les avoit estrangiés et esloigniés de luy, dont ils estoient chéus en despit, eulx et tous les autres; et Berart estoit tout sire du palais, qui jà estoit monté en trop grant orgueil. Et plus grant desloyauté luy faisoient-ils entendant; car ils disoient qu'il honnissoit l'empereur de sa femme, et qu'il estoit si atourné par sorcerie, qu'il ne s'en povoit venger, né soi-meisme avertir de ceste chose. Si estoit grant honte à l'empereur premièrement, et puis à luy et à tous ses frères; et appartenoit, ce disoient-ils, à bon fils et loyal de porter grief la honte de son père, et de luy remettre et restablir en dignité et en bonne mémoire; et le bon fils qui ce feroit au père ne desserviroit pas tant seulement renommée et louange de vertu, mais accroissement d'honneur terrienne. Par telles parolles et par autres semblables déceurent le jeune homme et l'esmeurent si contre son père, qu'il les crut des grans desloyaultés qu'ils luy faisoient entendant. Avec eulx mut à grant gens et vint jusques à Orléans. Au duc qui de par l'empereur y estoit, ostèrent la duchié et y mistrent un autre qui avoit nom Mainfroy. Puis se mistrent à la voie et s'en vindrent jusques à Verberie. L'empereur qui certainement savoit qu'ils avoient faite conspiration contre luy, contre Judith sa femme et contre Berart, pour ce appela-il Berart, et lui dist qu'il s'en fuist; que les traiteurs ne le trouvassent entour lui. A Judith l'emperéis commanda qu'elle demourast à Laon, et qu'elle se tinst en l'églyse Nostre-Dame. Après ce, il s'en vint à Compiègne. Les traiteurs qui estoient à Verberie sceurent jà bien comment il eut ouvré; pour ce envoièrent Guérin et Lambert à Laon, et leur commandèrent que sé la royne faisoit nul dangier, que ils la tirassent hors de l'églyse. Et quant elle les vit si eut paour: ceulx firent ainsi comme on leur eut commandé. Quant elle fu là venue, ils luy firent souffrir assez de paines et de griefs; et, pour paour de mort, la contraindront à ce qu'elle leur promist que s'elle povoit parler à son seigneur, elle luy ammonnesteroit et prieroit qu'il mist jus le baudré de chevalerie[910] et le signe d'empereur, et puis se feist tondre en religion; et puis leur promist que elle-meisme metroit voile sur son chief, et devendroit nonnain. Et de tant comme les traiteurs désiroient plus ceste chose, de tant créoient-ils plus légièrement que ce peust avenir. Pour parler de ceste besoigne, l'envoièrent à Compiègne en grant compaignie de leurs gens. Et quant elle put parler à luy premièrement, elle luy pria qu'il souffrist qu'elle mist le voile de lin sur son chief, pour eschiver la mort. De ce que les traiteurs requeroient pour luy, il respondit qu'il en aroit conseil.
Note 910: Le baudré. Le baudrier. Cette expression répond au cingulum militiæ.
De si très-grant haine haioient les traiteurs et sans raison le roy, qui toujours avoit vescu si débonnairement vers toutes gens; et leur pesoit dont cil vivoit[911] par lequel bénéfice eulx-meismes vivoient, qui par leur meffait deussent mourir selon les lois. Après ce que la royne fu retournée et elle eut compté la response à l'empereur, ils l'envoièrent maintenant en essil, en l'abbaïe de Sainte-Ragonde.
Note 911: Dont cil vivoit. De penser que celui-là vivoit aux bienfaits duquel eux-mesmes devoient la vie, etc.
[912]Entour le mois de mai, Lothaire, l'un des fils l'empereur, vint de Lombardie à Compiègne, et alla droit où l'empereur estoit lors. Tantost s'en alèrent à luy les traiteurs, pour savoir sé ils le pourroient esmouvoir contre le père et traire de leur parti; et tout luy pleust-il bien[913], par adventure, ce que les traiteurs avoient fait, toutes voies ne fist-il au père né honte né villenie. A Heribert, frère Berart, firent les traitres sachier[914] les yeux, dont l'empereur fu moult dolent. A un autre, qui son cousin estoit, si avoit nom Ode, firent mettre jus le baudré de chevalerie, et l'envoyèrent en essil; pour ce, disoient-ils, qu'ils estoient tous deux coupables du fait qu'ils mettoient sus à Berart et à la royne.
Note 912: Vita Ludovici Pii.—XLV.
Note 913: Et tout lui pleust-il bien. Et quoiqu'il eût sans doute pour agréable…