Note 132: Le duc Victor. Voilà un gros contre-sens. Le continuateur de Fredegaire dit: «Captâ multitudine captivorum, cum duce victore regionem gothicam depopulantur.» Il est vrai que d'autres manuscrits suivis par Duchesne et Freher portent: «Cum duce, Victor… depopulatur.» Ce qui feroit croire que dans les prisonniers étoit le chef des Sarrasins. Mais cette leçon ne semble pas admissible, et, dans tous les cas, cet illustre vaincu ne s'appeloit pas Victor.

Note 133: Si comme, etc. Variante: Si comme Victicum, Nemausum,
Altimurium, Agatham, Biterris et Substancium
qui ore est apelée
Montpellier. Ce sont Uzès, Nismes, Agde, Beziers et Substancion.
J'ignore quelle ville entend le chroniqueur par Altimurium. Pour
Substantion elle étoit placée à trois quarts de lieue de
Maguelonne, aujourd'hui Montpellier. Le texte du continuateur de
Fredegaire dit seulement: «Urbes famosissimas Nemausum, Agatem ac
Biterris…. destruens.»

Au second mois de l'an qui après vint[134], envoia le prince Charles Martiaus le duc Childebrant son frère et plusieurs autres princes en Provence à grant ost; lui mesme mut d'autre part droit vers la cité d'Avignon pour le duc Baronte[135] punir, qui dommage lui faisoit en ces parties: il le chaça jusques au rivage de la grant mer, et chercha[136] montagnes et valées si hautes et si périlleuses que il sambloit que nul n'y peust puier[137]: les chastiaus et les forterèces dessus la marine conquist, et toutes ces terres mist à sa seignourie. Après retourna en France glorieux et victorieux et renommé par tous ses fais par l'aide de nostre Seigneur; tant estoit fier et redouté que il ne trouva mais qui vers lui s'osast deffendre.

Note 134: Au second mois, etc. Nous lisons maintenant dans le texte du continuateur de Fredegaire qui nous est parvenu: «Denuò curriculo anni illius mense secundo.» Et le P. Lecointe a conjecturé qu'il falloit ainsi restituer ce passage: Denuò curriculo anni secundo. Le texte des Chroniques de Saint-Denis doit nous faire penser que le manuscrit du traducteur portoit: «Secundo curriculo anni, illius mense secundo.» Ce qui vaut encore mieux.

Note 135: Baronte. Lisez Maronte.

Note 136: Chercha. Parcourut.

Note 137: Puier. Monter. De Pui montagne. D'où nos mots appui et appuyer.

[138]Puis retournèrent d'Espaigne les Sarrazins, la cité d'Arle-le-blanc prirent et gastèrent tout le païs: mais Charles Martiaus leur courut au devant, si eut en son aide Liuprant le roy des Lombars. Tant eurent grant paour de lui que ils s'enfuirent sans bataille, pour la renommée de son nom tant seulement. Ainsi chassa les Sarrazins et leur tolit espérance de jamais retourner en France; quant devant avoient conquises presque toutes les régions d'Aise et de toute Libbie, (qui autant vaut comme Afrique) et grant partie d'Europe. [139]Le duc Baronte prist qui les Sarrazins avoit apelés d'Espaigne, si comme l'histoire a là sus conté; puis retourna en France glorieux vainqueur par la vertu de celui qui règne et régnera sans fin. [140]Dès lors en avant commença à afleboier, et le prist une maladie en une ville qui a à nom Vermerie[141], qui siet sur la rivière d'Aise. [142]Devant ce avoit formées aliances à Liupran le roy des Lombars: Pepin le moins agé de ses fils lui envoia premier, pour ce que il lui tondist les cheveux et fust son père spirituel, selon la coustume du tems de lors. Le roy Liupran le fist moult volontiers, et le renvoia à son père honouré de grans dons.

Note 138: Chronic. Sigib. mon. A° 738.

Note 139: Le duc Baronte. Notre traducteur, passant de Fredegaire à Sigebert, répète ici ce qu'il avoit dit d'après sa première autorité quelques lignes au-dessus.