Note 286: Sigeberti chronicon. A° 774.

V.

ANNEES: 775/776.

Coment il desconfit les Saisnes qui estoient entrés en France; et coment il ostoia en Sassoigne pour eux destruire. Après coment Ragaus, un de ses baillis de Lombardie, se révéla contre lui, et de la justice qu'il en fist. Après coment il mut de rechief contre les Saisnes, et coment il les desconfist et les fit baptisier.

[287]En ce temps que le roy Charlemaines traveilloit ainsi en la besoigne de sainte Églyse, les Saisnes yssirent de leur terre à grant ost, et entrèrent ès marches de France, jusques à un chastel approchèrent qui avoit nom Jaburg[288]. Ceulx qui en tour estoient se mistrent dedens la forteresse quant ils les apperceurent; par la contrée s'espandirent et gastèrent tout le païs par embrasement et par occision: car ils ardoient quanqu'ils trouvoient dehors les forteresses. En un lieu approchièrent qui avoit nom Frisdilar[289]; là estoit une chapelle que saint Boniface le martyr avoit fondée, et avoit dit au dedier[290] ainsi comme par prophécie qu'elle ne seroit jà arse. Les Saisnes qui en tour estoient commencièrent à penser comment ils la pourroient ardoir. En celle heure meisme que ils s'efforçoient de bouter le feu dedans, deux jouvenciaus en robe blanche apparurent en l'air si que aucun des crestiens qui estoient au chastel et aucuns des paiens de hors virent qu'ils deffendoient la chapelle du feu que les paiens alumoient. Pour ce ne la peurent oncques embraser né par dehors né par dedens, né de riens adommager; ains eurent si grand paour qu'ils tournèrent tost en fuie, jà soit ce que nul les en chaçast que l'en peust voir né appercevoir. Mais l'un d'eulx demoura qui fu trouvé tout mort acoutés et à genoulx de lès la chapelle, le feu devant luy et la bouche entre les mains, ainsi comme s'il souffloit le feu pour embraser la hapelle.

Note 287: Annales Francorum, vulgò Loiseliani dicti. A° 774.

Note 288: Jaburg. Latin: Buriaburg. C'est l'ancienne Burabourg,
ville ruinée d'Allemagne, sur les confins de la Westphalie.

Note 289: Frisdilar. Latin: Fridislar. C'est aujourd'hui
Fritzlar, tout près des ruines de Burabourg.

Note 290: Au dedier. En la dédiant.

Quant le roy oït les nouvelles, il esmut son ost hastivement; en trois[291] parties les devisa, et entra en leur terre par trois lieux, tout avant qu'ils le sceussent; par feu et par occision destruit et gasta tout. Avant luy, ceulx qui à deffense se mistrent occist. A tant s'en retourna en France chargié de proyes et de despouilles de ses ennemis. La feste de Noël et de Pasques célébra en une ville qui a nom Carisi[292]. Tandis comme il menoit son ost, il se pourpensoit et conseilloit comment il pourroit entrer en Sassoigne plus légièrement pour destruire celle génération toute et tant maintenir la guerre qu'ils feussent confondus ou qu'ils receussent la foy crestienne. Pour ce assembla parlement général à une ville qui a nom Durie; le Rin passa, et entra en Sassoigne à grant force; et en sa venue prist un chastel à force qui a nom Sigebourt[293]. Si estoit moult fort et de richesce et de garnison. Un autre qui avoit nom Herebourt refist et ferma que les Saisnes avoient abatu, et mist dedens garnison de la gent de France. De là s'en ala droit au fleuve de Wisaire en un lieu qui est appellé Bruneber[294]; là trouva grant plenté de Saisnes qui illec estoient assemblés pour le pas garder et pour deffendre le port, et pour rendre bataille à l'issue du fleuve. Mais ce leur valut petit, car ils furent reusés[295] et chaciés au premier assemblement, et moult en y eut d'occis. Quant le roy et son ost eurent passé l'eaue, il prist une partie de son ost et s'en ala droit au fleuve qui a nom Oacre[296]. Là vint au devant Helsis un des princes de Sassoigne. Avec luy amena tous les Ostfalois et se rendit au roy luy et toute sa gent; serment de féaulté luy fist et donna tels ostages comme le roy luy demanda; de là se départit l'ost et vint à un lieu qui est appelle Buqui[297]. Là vindrent une autre manière de gens qui sont appellés Engariens; en celle compaignie estoient les plus grans de leur terre. Serement et ostages luy donnèrent à sa volonté ainsi comme avoient fait les Ostfalois.