Comment le roy Sigebert et le roy Loys[4] despartirent les trésors leur père après sa mort.

Note 4: Loys. Ou Clovis, c'est le même mot, avec ou sans
aspiration. Ainsi Clotaire et Lothaire.

[5]Après la mort du bon roy Dagobert, descendi tout le royaume à Loys son fils qui encore estoit enfant assez petit d'âge. Les barons de France[6] et de Bourgoigne le reçurent à seigneur et lui firent homage, en une ville qui lors estoit apelée Massolaque. Egua le mestre du palais et la royne Nantheut qui estoit demourée en veuveté, gouvernoient le royaume noblement ès deux premiers ans du règne Loys. Cil Egua estoit l'un des plus beaux et nobles princes de Neustrie, le plus sage et le plus pacient, homme estoit plein et enluminé de toutes graces: car il estoit riche et estrait de haut lignage, droiturier en justice, sage en paroles, apareillié en responses: une mauvaise teche[7] avoit en lui à reprendre tant seulement, car l'on disoit que il es toit trop aver[8].

Note 5: Gesta Dagoberti, cap. 46.

Note 6: De France. «Omnes duces de Neustriâ et Burgundiâ cum Massolaco villa sublimant in regnum.» Mabillon, dans ses Francorum regum Palatia, avoue son ignorance complète de la situation de ce palais, qui, suivant les plus grandes probabilités, appartenoit aux rois de Bourgogne. C'est là qu'Aletés (suivant Fredegaire) avoit été tué par l'ordre de Clotaire II, en l'année 613.

Note 7: Teche, teiche, tesche ou tache. Disposition bonne ou mauvaise, d'où nous est resté entiché, qu'on a long-temps écrit entéchié.

Note 8: Aver. Avare.

[9]Cy en droit nous convient deviser comment le trésor du roy Dagoubert fu desparti entre ses fils après sa mort. Bien avéz oï, devant,[10] comment Pepin le mestre du palais d'Austrasie et les autres princes du royaume qui avoient esté sous la seigneurie du roy Dagobert requirent Sigebert à seigneur, d'un accort et d'une volenté. Pepin et Cunibert l'archevesque de Coloigne firent adonques aliances ensemble de rechief. Car ainsi comme ils avoient esté devant joint en pais et en amour,[11] que ils fussent ainsi tousjours mais sans desevrer. Sagement atrayoient à leur amour les princes et les plus grands Austrasiens, et les gouvernoient en humilité et en douceur comme ceus qui estoient preudomes et loiaus et profitables au roy et au royaume. Lors furent messages envoiés en France au roy Loys et à la royne Nantheut, et à Egua le mestre du palais de par le roy Sigebert, qui requéroit telle partie des trésors son père comme il lui afferoit. Le roy Loys et sa mère et Egua s'accordèrent volentiers à ce que il en eust sa part; si assignèrent jour de partir au roy Sigebert ou à ceux que il y voudroit envoier: et il y envoia pour lui l'archevesque Cunibert et Pepin le mestre du palais et aucuns riches hommes de son royaume. A Compiègne vinrent, là furent les trésors assemblés et despartis également par le commandement le roy Loys et la royne Nantheut; mais elle reçut la tierce part de tous les aquets que le roy Dagobert avoit aquis, puis que elle commença à régner en sa compagnie: et Cunibert et Pepin enmenèrent leur partie à Mets, là furent présentés au roy Sigebert.

Note 9: Gest. Dagob., cap. 47.

Note 10: Avez oï devant. On n'a rien ouy de semblable, et cette
manière de parler n'est pas traduite du texte.