LE SECOND LIVRE DES FAIS ET DES GESTES LE FORT ROY CHARLEMAINES.

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I.
ANNEES: 800/802.

Coment il fut coroné à l'empire en la cité de Rome; et coment il dampna par exil ceulx qui avoient laidi l'apostole Lyon. Et puis des crolléis de terre qui furent par le monde; et des messages et des présens Aaron le roy de Perse. Et puis des messages Hélaine l'empereris de Constantinoble.

[430]Le jour de la Nativité, entra l'empereur en l'églyse Saint-Père de Rome, droit en ce point que l'en devoit célébrer la grant messe. L'apostole Lyon luy assist la couronne impériale sur son chief, ainsi comme il fut encliné en oroisons devant l'autel. Lors le peuple commença à crier en telle manière: «Au grant Charlemaines Auguste, couronné de Dieu, paisible empereur des Romains, soit vie et victoire.» Après ces loenges du peuple, le pape le aourna et vestit de garnemens impériaulx; selon la coustume des anciens princes[431]. Le nom de Patrice mist jus, et fu appelle dès illeques en avant empereur et Auguste.

Note 430: Eginh. Annal. A° 801.

Note 431: Notre traducteur commet ici une inexactitude qui pourroit bien n'être pas involontaire. Il falloit: le pape l'adora, et non pas l'aourna et vestit. «Post quas laudes, à Pontifice more antiquorum principum adoratus est

Pou de jours après commencèrent, que il commanda que ceulx qui l'apostole Lyon avoient déposé fussent devant luy amenés. Question fu disputée sur le fait et furent jugiés et dampnés selon les loys de Romme des chiefs perdre. [432]Mais l'apostole pria tant l'empereur pour eulx, que la vie et les membres leur furent respités. Toutes voies furent-ils dampnés par essil pour la grant félonie de leur fait. De ce cas parçonniers furent Pasquale le donneur[433], Campule le saquellier et mains autres nobles de la cité qui tous furent parçonniers de la sentence ainsi comme ils furent du fait.

Note 432: Dom Bouquet termine ici le texte d'Eginhard, et renvoie pour la suite aux Annales Loiseliennes. Mais, suivant toutes les apparences, les Annales Loiseliennes, monument anonyme et formé de plusieurs pièces, avoient emprunté, pour le commencement du IXème siècle, le récit historique qu'Eginhard en avoit rédigé. Dom Bouquet auroit donc dû renvoyer des Annales Loiseliennes à Eginhard, et non pas de celui-ci à celles-là.