Entre ces choses mourut Charles l'ainsné des fils l'empereur en la seconde ide de décembre[488]. Cel yver demoura l'empereur à Ais-la-Chapelle.

Note 488: L'annaliste se tait sur les circonstances de la mort de Charles ou Charlot. Le récit des romanciers auroit-il un fondement historique?

[489]En ce temps mourut Aminge le roy des Danoys. Sigefroy qui eut esté nepveu le roy Godefroy de Dannemarche, qui devant Aminge eut esté au règne, et Amlom le nepveu Heriol estrivèrent ensemble pour le royaume. Accorder ne pouvoient que l'un d'eulx régnast; leurs osts assemblèrent et se combatirent: en celle bataille furent tous deux occis. La partie Amlom qui eut victoire prist les deux frères Heriol et Raganfroy si les couronna tous deux. A ce s'accorda la partie desconfite, pour ce qu'ils ne le povoient contredire. En celle bataille montrent dix mille neuf cens et quarante personnes.

Note 489: Eginh. Annal. A° 812.

En ce temps fu occis Nicephore l'empereur de Constantinoble en la guerre qu'il menoit contre les Bulgres. Mainte noble victoire eut eue et maintes grans batailles eut fornies en son temps. Après luy receut l'empire un sien gendre qui avoit nom Michiau. Les messages l'empereur Charlemaines qui au temps Nicephore eurent là esté envoiés receut et congéa; ses propres messages l'évesque Michiel, Théodoine et Asaphie renvoia à l'empereur pour confermer paix et aliances. A Ais-la-Chapelle vindrent en la présence l'empereur; profondément s'inclinèrent, et en langue de Grec l'appellèrent Basilée. Ce fut le salut qu'ils luy rendirent selon leur manière. La forme de l'aliance receurent par escript. Congié prindrent à tant et s'en retournèrent à Romme. Le libelle de celle aliance receurent de l'apostole Lyon qui les conferma par son seel.

En ce temps assembla parlement l'empereur à Ais-la-Chapelle. Bernart son nepveu, fils le roy Pepin, envoia en Lombardie; et pour ce que parolles estoient que la navie d'Espaigne et d'Aufrique devoit arriver pour dégaster Italie, il commanda Balan, le fils Bernart, son oncle qu'il i fust tousjours avec luy jusques à tant qu'il veist sé c'estoit voir ou mensonge. Vérité fu toutes voies qu'elle vint, ainsi comme renommée l'avoit devant consonné; l'une partie arriva en Sardaigne et l'autre en Corse.

En ce temps meisme arriva une navie de Danois (qui sont appellés Normans) en une isle qui a nom Irlande, et marchise à Escoce. Aux gens du païs se combatirent, mais ils furent desconfis et occis en partie; et le remenant s'en fouyt à grant meschief en leur païs. Paix et concorde fut faitte entre l'empereur et Abulas roy des Sarrasins, et entre luy et Grimoart le duc de Bonivent; par telle condicion que lui et sa terre feussent en sa subjection et qu'il paieroit chascun an par manière de truage vingt et cinq mille souls d'or[490].

Note 490: C'est de ce tribut long-temps payé à la France que vient
l'expression proverbiale tant prodiguée dans nos anciennes poésies de
l'Or de Bonivent.—Truage ou treuage, formé de tributum, ou
plutôt du verbe tribuere.

En ce temps envoia l'empereur ses osts contre unes gens qui sont appellés
Wiltzes. Paix firent et donnèrent ostages Heriol et Raganfroy de
Dannemarche requistrent par leurs messages paix et concorde, et prièrent à
l'empereur qu'il envoiast Aminge leur frère que il tenoit par devers luy.

En celle année fu éclipse de soleil en la première ide de may, entre l'eure de midi et de nonne.