Note 508: Notre chroniqueur est ici bien loin de la précision et de l'élégance d'Eginhard. «Erat enim in amicitiis optimè temperatus, ut cas et facilè admitteret et constantissimè retineret, colebatque sanctissimè quoscumque hâc affinitate sibi conjunxerat.»
Un fils avoit qui Pepin avoit nom, qui n'estoit pas né de femme espousée. De cestuy n'a pas encore l'istoire parlé né faitte mencion[509]. Moult estoit bel de vis[510], et de corps estoit laid pour une boce qu'il avoit sur le dos. Comme le roy estoit en Bavière où il yvernoit et appareilloit bataille contre les Huns, il fist conspiration contre son père et s'alia contre luy à aucuns des barons de France qui l'avoient mis en espérance. Le roy sceut la traïson. Les traitres dampna selon les loys des chiefs perdans[511]; son fils rendit[512] en une abbaïe à sa requeste meisme.
Note 509: Né faitte mencion. C'est Eginhard, l'auteur de la Vita Caroli Magni qui parle ainsi, mais notre traducteur en a déjà parlé au livre précédent.
Note 510: Vis. Visage.
Note 511: Des chiefs perdants. Entraînant la peine capitale.
Note 512: Rendit. Rendit moine.
[513]Avant ceste traïson, y en avoit-il une autre plus grant faite contre luy-meisme. Quant la chose fu descouverte, il fist prendre les traitres: aux uns creva les yeux, les autres dampna par esil. Et oncques nul n'en fist occire, fors trois tant seulement qui au prendre se mistrent à deffense. Occis furent, car ils ne povoient autrement estre pris. Si furent aucuns qui distrent que la royne Fastarde fu cause du fait de ces deux conspiracions et que l'empereur feust aliéné de sa débonnaireté naturelle, quant il se consentist aux parolles et à la cruaulté de la royne; car l'en savoit bien qu'il estoit de si bonne manière par nature qu'il aivoit l'amour et la bonne volenté à tous. Et oncques en sa vie, en son royaume, n'en estranges terres, ne put-on dire sur luy une note de cruaulté sans raison.
Note 513: Eginhardi Vita Caroli Magni, cap. XXI.