Note 519: Si fu domage. Cette réflexion bienveillante pour les médecins n'est pas d'Eginhard.
Acoustumement chevauchoit en chasçant en bois, selon la coustume des François, car à paine est-il nacion qui autant en sache. En bains chaus naturelement se déduisoit, [520]et noioit mieulx que nul autre ne feist. Et, tout pour ce, fist-il faire une sale et uns bains à Ais-la-Chapelle, où il demoura jusques à la fin de sa vie. Et ses fils faisoit baingner avecques luy et non mie seulement ses fils, mais ses barons et ses princes; et aucunes fois grant tourbe des sergens qui le gardoient; si que ils estoient bien cent ou plus telle fois avecques lui. [521]De robes se vestoit à la manière de France. Emprès sa char usoit de chemises et de famulaires de lin[522]: par dessus vestoit une cote ourlée de soie, chausses et soulliés estrois chausçoit. En yver, vestoit un garnement fourré de piaus de loutre ou de martre. Tousjours avoit l'espée ceinte, dont le pomiaus estoit d'or ou d'argent, et le baudrié d'un tissu de soie. Si en ceignoit deux[523], mesmement ès haultes festes et quant il venoit messages d'estranges terres. Estranges manières de robes tant feussent belles ne voult oncques vestir, fors une fois tant seulement qu'il vestit une cote et un mantel à la guise de Romme à la prière l'apostole Adrien. Mais aux grans festes solenneles avoit un garnement tissu à or et solliers à pierres précieuses. Aux autres jours avoit petit de différence entre son habit et l'habit commun du peuple[524].
Note 520: Noioit. Nageoit.
Note 521: Eginhardi Vita Caroli Magni, cap. XXIII.
Note 522: Famulaires. «Feminalibus lineis.» Cela répond assez bien à nos caleçons.
Note 523: Deux. Les leçons imprimées portent gemmato au lieu de geminato qu'a lu notre traducteur. Il faudroit donc, à la place de deux, mettre de gemmées. (Une épée dont le pommeau étoit garni de perles.)
Note 524: Eginhardi Vita Caroli Magni, cap. XXIV.
En mengier et en boire estoit moult attrempé, et plus en vins que en viandes, comme celluy qui merveilleusement haioit yvresse en toutes personnes. De viande ne se povoit pas si abstenir comme il faisoit de vin, car il se plaignoit aucune fois que le jeusner le grevoit.
Aux grans festes mengeoit petit, et lors tenoit-il grant court plénière de diverses manières de gent; acoustuméement estoit chacun jour servi de quatre mets tant seulement, sans le rost dont les veneurs le servoient. Et de ce mengeoit-il plus volentiers que de nul aultre. A son mengier faisoit lire aucuns rommans ou aucunes anciennes histoires des princes anciens[525]. Moult oioit volentiers les livres de saint Augustin et meismement ceulx qui sont intitulés de la cité de Dieu. Si sobre estoit en vin et en aultre breuvage que pou avenoit qu'il beust plus que trois fois au mengier.
Note 525: Quoique mal traduit, ce passage est assez heureusement rendu: «Inter coenandum, aut aliquod acroama aut lectorem audiebat. Legebatur historiæ et antiquorum res gestæ.» Acroama est évidemment un jongleur, un homme qui faisoit un récit, ou jouoit une pièce. Il eut fallu au lieu de faisoit lire romans, mettre: faisoit réciter romans ou lire, etc.