ANNEE 1226.
Coment le père Saint Loys ala en Albigois.
Si comme le père monseigneur Saint Loys voult aler en Albigois, il laissa son royaume à garder à la royne Blanche sa femme et ses enfans, et s'en vint à la cité d'Avignon, et l'assist à grant force de gent. Tant les tint estroictement et tant fist ruer perrières et mangoniaux, qu'il ne le porent endurer; si se rendirent et se mistrent du tout à sa volenté. Le roy prist toute la contrée en sa main, et mist ès bonnes villes et ès forteresces, baillis, seneschaux, viguiers, maires, prévos et sergens d'armes, pour garder sa terre et toute la contrée de par luy en son nom. Et aussi leur commanda que tous ceux qu'il pourroient trouver entechiés du vice d'érésie et qui fussent de riens contre la foy, tantost fussent ars et mis au feu et en charbon sans nul rachatement.
Après ce, il establi les evesques et les prélas et leur chapelains en leur églyses, que les mescréans avoient chaciés. Quant le roy eut ainsi restabli la foy crestienne en Albigois, si s'en retourna vers France. Si comme il vint près d'un chastel que l'en appelle Montpancier, il convint que la prophécie Mellin fust accomplie qui dist: In monte ventris morietur leo pacificus. C'est-à-dire à Montpancier mourra le lion paisible et débonnaire: car une maladie le prist le jour qu'il vint au chastel, dont il mourut. Aporté fu à Saint-Denys en France, et mis en sépulture delès le roy Phelippe son père, l'an mil deux cens vingt et six.
II.
ANNEE 1226.
Coment Saint Loys fu couronné en la cité de Rains.
[329]Au moys après que le roy Loys fu trèspassé, Saint Loys son fils, qui n'avoit pas douze ans acomplis, fu mené à Rains; et manda l'en l'évesque de Soissons pour l'enfant coronner, pour ce qu'il n'avoit adonc point d'archevesque à Rains. L'évesque de Soissons vint à Rains à grant compaignie de prélas et du clergié, et enoingt et sacra l'enfant, et luy mist la couronne en la teste; et dist les prières et les paroles qui afièrent à dire à tel dignité.
Note 329: Ici commence l'ouvrage de Guillaume de Nangis; mais, dans ce qu'il en emprunte, notre chroniqueur n'a pas suivi la traduction ancienne publiée à la suite de Joinville et d'après un manuscrit de Colbert, dans la grande édition de 1761, dite du Louvre. La sienne est en général plus correcte et, d'ailleurs, débarrassée de beaucoup de superfluités.
Quant l'enfant fu couronné, il s'en vint à Paris là où il fu receu à moult grant joie du peuple et des gens du pays. La royne Blanche sa mère le fist moult bien endoctriner et enseignier, car elle l'avoit en garde par raison de tutele et de bail; et luy quist gens de conseil les plus preudeshommes et les plus sages que on peust trouver, qui resplendissoient de droicture et de loyauté pour les besoingnes du royaume gouverner, autant clers comme lais. Ce fu fait le premier dimenche de l'avent Nostre-Seigneur.