XXV.
ANNEE 1240.
Coment la tempeste chéi à Cremonne.
Assez tost après que les prélas furent emprisonnés, chéi une tempeste à Cremonne[384] de gresle merveilleusement grosse; en laquelle fu trouvée une pierre plus grosse que nulle des autres qui chéi en l'églyse Saint-Gabriel, en laquelle il[385] avoit une croix et l'image Nostre-Seigneur si comme il fu crucifié. Et environ celle pierre avoit escript de lettres d'or: Jhesus Nazarenus rex Judeorum. Un moine de celle églyse la prist et la mist en un hennap; et si comme elle commença à fondre et à devenir eaue, il en prist et lava les yeux de un des moines de léans qui estoit aveugle né n'avoit veu de long-temps; et tantost il vit aussi cler comme il avoit oncques fait en toute sa vie. De laquelle chose il fu fait moult grant sollempnité en la dicte églyse en ce temps.
Note 384: Cremonne. Variante: Tremoigne.
Note 385: En laquelle. Sur laquelle pierre.
XXVI.
ANNEE 1241.
Coment le roy délivra de prison les prélas de son royaume.
Le roy de France eut moult grant pitié des prélas de sainte églyse, et regarda que toute aide humaine failloit à l'églyse de Rome, et fu moult couroucié des prélas de son royaume que l'empereur tenoit en sa prison. Il manda l'abbé de Corbie et Gervaise de Surennes[386], et leur commanda qu'il alassent à l'empereur et luy déissent de par luy, que il, par amour et par grace, délivrast les prélas de son royaume. L'empereur entendi bien la requeste le roy de France, mais il n'en mist riens à exécution; ainsois respondi aux messages qu'il n'avoit pas conseil de ce faire. Et sitost comme les messages furent retournés, il envoya les prélas enchartrer[387] en la cité de Naples, et manda au roy de France par ses messages: «Ne se merveille point la royal majesté de France, sé César Auguste tient estroictement ceux qui César vouloient mettre en angoisse, et qui venoient à Rome pour luy condempner et mettre à exécution.» Quant le roy oï la teneur des lettres l'empereur, si se merveilla moult que il n'avoit riens fait pour ses prières; si luy manda de rechief par l'abbé de Clugny, en une lettre en la manière qui s'ensuit: