«Nostre foy et nostre espérance a tenu jusques cy que nulle matière de plait né de haine peust mouvoir, jusques à grant temps entre nostre royaume et vostre empire; car nos devanciers, qui devant nous ont tenu le royaume, ont tousjours amé et honouré la souveraine hautesce de l'empire de Rome; et nous, qui après sommes, tenons ferme et estable le propos de nos devanciers. Mais vous, si comme il nous semble, rompez limite et la conjonction de paix et de concorde qui doit estre gardée entre vous et nous: vous tenez nos prélas, qui au siège de Rome estoient mandés par foy et par fiance, né refuser ne vouloient le commandement l'apostole; et les féistes prendre en mer, laquelle chose nous portons moult grief et en sommes dolens. Si sachiez que nous avons entendu, par leur lettres, qu'il ne pensoient à faire chose qui fust à vous contraire; jasoit ce que l'apostole voulsist faire aucune chose contre vous. Puis qu'il n'ont fait chose qui tourne à vostre grief il appartient à vostre magesté rendre-les et les délivrer. Si[388] pesez et mettez en balance de droit ce que nous vous demandons, et ne vueillez faire tort par puissance ou par vostre volenté, car le royaume de France n'est mie encore si affebloié qu'il se laisse mener né fouler à vos esperons.» Quant l'empereur entendi les paroles contenues ès lettres du roy, si luy envoia les prélas de son royaume, contre sa volenté. Mais il le fist, pour ce qu'il doubta forment le bon roy à couroucier.

Note 386: Surennes. Guillaume de Nangis écrit en françois de
Cresnes
, et en latin_ de Escriniis_.

Note 387: Enchartrer. Emprisonner.

Note 388: Si. Ainsi.

XXVII.

ANNEE 1241.

Coment le roy fist Alphons, son frère, chevalier.

L'an de grace mil deux cens et quarante et un, assembla le roy à Saumur grant plenté d'archevesques, d'évesques, d'abbés et des barons de son royaume, et fist messire Alphons son frère chevalier: et si luy donna à femme la fille au conte de Thoulouse, et la contrée de Poitiers, d'Auvergne et d'Albigois. Les barons et les chevaliers firent grant feste et furent vestus de samit et de soie. Quant la feste fu passée, le roy requist le conte de la Marche que il fist hommage à son frère pour la terre qu'il tenoit en Poitou. Mais le conte qui se fioit au roy d'Angleterre, pour ce qu'il avoit sa mère espousée, refusa à faire hommage au conte de Poitiers; et tout ce fist-il par le conseil de sa femme, et dist que jà ne tendroit riens de luy jour de sa vie.

Quant le roy vit la contenance au conte de la Marche orgueilleuse et fière, si en fu moult couroucié. Il se parti d'ilec et s'en vint à Paris. Si comme il fu entré en sa chambre, nouvelles luy vindrent que la royne avoit eue une fille qui eut nom Ysabiau.

XXVIII.