Quant le visconte fu accordé aux Genevois, le roy de France envoia en Acre et ès autres cités sus mer pour avoir nefs et vaissiaux en quoy il peust passer oultre. Mais ceux qu'il y envoia n'y porent riens faire; car en ce point moult grant descort estoit entre les Genevois et les Pisains, et fu occis le maistre des Genevois d'un javelot: et si n'avoit trop grant descort d'autre part entre le bailli de Chipre et les Veniciens. Les messages s'en retournèrent sans autre chose faire et racontèrent ce que il avoient trouvé.
Quant ces messages furent retournés et ne porent nient faire, le roy envoia le patriarche de Jhérusalem et l'évesque de Soissons et le connestable de France; et puis leur commanda qu'il fissent une bonne paix des Genevois et des Pisans; et endementiers que les messages s'en alèrent vers Acre pour trouver navie, le roy fist faire petites naceles pour prendre terre quant il vindrent près. Celle journée qu'il furent commenciées à faire l'en prist deux espies qui confessèrent que le soudan de Babiloine les avoit envoiés là pour empoisonner le roy et tout son ost; et estoit leur propos de mettre le venin ès garnisons que on devoit trousser ès nefs.
LI.
ANNEE 1249.
Coment le roy entra en mer pour passer en Damiete.
Après deux mois passés, les messages le roy cerchièrent tant qu'il trouvèrent bonnes nefs et appareilliées, et les envoièrent au roy dont les barons furent moult lies, car il leur ennuioit forment de tant séjourner en Chipre. Lors s'assemblèrent les bavons de toutes pars, et les pélerins qui avoient sejourné ès isles entour Chipre toute la saison d'yver. Sitost comme les garnisons furent faites et le roy deust entrer en mer, il manda les maistres mariniers et leur commanda que tous s'adressassent d'aler au port de Damiete.
Lors entrèrent tous en mer et se seignèrent et se commandèrent à la grace de Dieu; et les mariniers drescièrent voiles et aprestèrent leur cordes et leur gouvernaux et leur ancres.
LII.
ANNEE 1249.
Coment le roy de France retourna pour le temps.