Le prévost et le bailli s'accordèrent à ce qu'il disoient, et furent tous avisés de la besoingne. Les pastouriaux entrèrent en Bourges et s'espandirent parmi la ville; mais il n'y trouvèrent oncques né clerc né prestre; si commencièrent à mener leur maitrises, ainsi comme il avoient fait à Paris et ès autres bonnes villes où il leur fu tout abandonné à faire leur volenté.

Quant les maistres des pastouriaux virent la gent obéir à leur volenté, il commencièrent à brisier coffres et huches, et à prendre or et argent; et, avec ce, il prisrent les jeunes dames et les pucelles, et les vouldrent couchier avec eux. Tant firent que la justice qui estoit en aguait de congnoistre leur contenance apperceurent leur mauvaistié. Si les prisrent et leur firent confesser toute leur mauvaistié, et coment il avoient tout le pays enfantosmé par leur enchantemens. Si furent tous les grans maistres jugiés et pendus, et les enfans s'en retournèrent tous esbahis, chascun en sa contrée.

Le baillif de Bourges envoia deux messages et leur commanda qu'il alassent de nuit et de jour à Marseille; qui portèrent lettres au viguier, èsquelles toute la mauvaistié au maistre de Hongrie estoit contenue. Si fu tantost pris le maistre et pendus à unes hautes fourches; et les pastouriaux qui aloient après luy s'en retournèrent povres et mandians.

LXIII.

ANNEE 1251.

Du descort qui fu entre les escoliers et les religieux.

En celle année avindrent diverses aventures. Il avint à Paris que maistre Guillaume de Saint-Amor avoit fait un livre qui estoit ainsi intitulé: Cy commence le livre des périls du monde; qui parloit contre les religieux et espéciaument contre les frères meneurs et les preescheurs. Tant disputèrent et arguèrent ensemble que il convint que le descort venist à la court de Rome. Quant le pape ot oï l'entencion de maistre Guillaume et l'entencion de l'autre partie, si donna sentence contre le livre maistre Guillaume et fu condempné.

LXIV.

ANNEES 1252/1253.

Coment la royne Blanche mourut.