Endementiers que ce descort estoit entre Branquelan et ceux de Rome,
Florent de Hollande délivra le conte de Flandres et son frère de sa prison;
et en telle manière qu'il auroit à femme l'ainsnée fille le conte de
Flandres. Et le conte Charles d'Anjou quitta tout le droit que il avoit en
Henaut pour une somme d'argent qui luy fu livrée.
Une autre aventure avint à Rome; que il fu si grant tempeste et si grant esmouvement, et la terre croulla si forment que la grant cloche de Saint-Silvestre de Rome commença à crouller et à sonner, et les tours et les forteresces de la ville à trembler. Et en celle année que la tempeste fu si grant, Richart, conte de Cornouaille, fu couronné à roy d'Alemaigne par la volenté le roy d'Angleterre son frère.
LXXII.
ANNEE 1256.
Coment le roy amenda l'estat de son royaume.
Après ce que le roy fu retourné en France, il se tint dévotement envers Nostre-Seigneur et fu droiturier à ses subgiés. Il regarda que c'étoit bonne chose d'amender l'estat de son royaume. Premièrement il establi à tous ses subgiés qui de luy tenoient:
«[479]Nous Loys, roy de France, par la grace de Dieu, establissons que tous nos baillis, viscontes, prévos, maieurs de quelque office que il soient, facent serement que tant comme il soient ès offices et ès baillies, il feront droit à chascun sans exception de personnes, ainsi au povre comme au riche, et à l'estranger comme au privé; et garderont les us et les coustumes qui sont bonnes et approuvées. Et sé il avient chose que ceux qui sont ès offices dessus dis facent contre leur serement et il en soient attains, nous voulons que il en soient punis en leurs propres personnes et en leurs biens, selon leur meffait. Et seront les baillis punis par nous, et les autres par les baillis. Après, nous voulons que nos baillis, et tous nos autres sergens feront foy qu'il garderont nos rentes, et que nos drois ne soient amenuisiés; et après ce, il ne prendront né ne recevront, par eux né par autres, dons que on leur face, né or né argent, né bénéfice personnel né autre chose, sé ce n'est pain ou vin ou fruit ou autre viande jusques à la somme de dix sous parisis[480]; et voulons que nul, leur tant soit privé, reçoive courtoisie en leur nom[481].
Note 479: Cette ordonnance est reproduite en d'autres termes dans le
1er volume des Ordonnances des rois de France, page 67 et suiv.
Note 480: Le texte de l'édition du Louvre ajoute ici: En la
semaine.
Note 481: «De rechef il jureront que il ne recevront emprunt de homme nul qui soit demorant en leur baillie; né d'autre qui cause aient par devers eux, né qui prochainement li doivent avoir que il sçaichent, outre la somme de vint livres; lequel emprunt il rendront dedens l'espace de deux mois, jasoit ce que li presterres veille le terme alongier.»