Note 488: En repostaille. En particulier, et non dans les audiences publiques. Du bas latin Repositus.
»Nous deffendons à nos baillis que il ne travaillent nos subgiés en causes entamées par devant eux, pour remuement qu'il facent fors en la cour où il furent premièrement entamées[489]. Avec ce, nous commandons que nul homme ne soit dessaisi de chose qu'il tiengne, sans connoissance de cause ou sans nostre espécial commandement. Et volons que nul ne face deffense de porter blés ou vins ou autre marchandise hors de nostre royaume, sans cause nécessaire ou sans nostre commandement. Et volons que tous nos baillis séjornent quarante jours après ce qu'il seront ostés de leur baillies, pour rendre compte et pour amender les torfais où il seront trouvés.»
Note 489: L'édition du Louvre est encore plus obscure en cet endroit; mais le texte latin éclaircit suffisamment le sens: «Porro, viam maliclis volentes præcludere, quantûm possumus firmiter inhibemus ne Baillivi vel alil Officiales prædicti in causis vel negotiis quibuscumque, subditos nostros locorum mutatione fatigent, sino causâ rationabili, sed singulos in locis illis audient ubi consueverunt audiri, ne gravati laboribus et expensis, cogantur cedere juri suo.»
Par ces establissemens amenda moult le royaume de France, et commença à mouteplier de peuple et de richesses, pour la franchise et pour la bonne garde que les gens d'autres nations i trouvèrent.
LXXIII.
ANNEE 1256.
De la prevosté de Paris[490].
Note 490: Ce chapitre est tiré de Joinville.
La prevosté de Paris estoit, en ce temps, vendue aux bourgois de la ville ou à ceux qui acheter la vouloient. Quant il l'avoient achetée, si déportoient[491] leur parens et leur enfans en assés de mauvais cas et de grans oultraiges qu'il faisoient au menu peuple et à ceulx qui ne se osoient revenchier. Par ceste raison estoit le menu peuple trop défoulé. Et ne povoit l'en avoir droit des riches hommes, pour les grans dons que il faisoient au prevost. Qui en ce temps disoit voir devant le prevost et qui vouloit son serement garder que il ne fust faux parjure, d'aucune debte ou d'aucune autre chose où l'en fust tenu de répondre, le prevost en levoit amende, ou il estoit dommagié ou puni[492]. Par les grans rapines qui estoient faites en la prevosté de Paris, le menu peuple n'osoit demeurer en la terre le roy, ainsois demouroit en autres seigneuries, si que la terre le roy estoit si vague que quant le prevost tenoit ses plais, il y venoit si pou de gens que le prevost se levoit, sans oïr personne nulle qui se volissent présenter devant luy. Avec tout ce, il estoit tant de larrons entour le pays, que maintes plaintes en furent devant le roy. Si voult que la prevosté de Paris ne fust plus vendue; ainsois manda l'évesque de Paris et luy dist que ce estoit contre droit et raison que quant les gens vouloient garder leur serement et ne vouloient pas eux parjurer, qu'il en estoient pugnis. «Si vous pri,» dist le roy, «sire évesque, que vous corrigiez ceste mauvaise coustume en vostre terre, et je la corrigerai en la moie.» L'évesque respondi qu'il s'en conseilleroit en son chapitre. Et quant il s'en fu conseillié, il n'en fist riens, pour la convoitise de perdre ses amendes. Onques pour ce le roy ne laissa à enteriner son propos: si donna bons gages à ceux qui gardèrent la prevosté de Paris, et abati toutes mauvaises coustumes dont le peuple estoit grevé, et fist enquérir par tout le païs où il péust trouver homme qui fist bonne justice et roide, et qui ne soustenoit plus le riche que le povre. Si luy fu enditié[493] Estienne Boileaue[494], lequel Estienne garda la prevosté si bien que les maufaiteurs s'en fuyrent né nul n'i demoura que tantost ne fust pendu ou destruit; né parenté né lignage, né or né argent ne le pooit garentir.
Note 491: Deportoient. Soutenoient.